Le temps passe et tout devient possible. Qui pensait qu’un jour SEGA se retirerait du monde des consoles pour se concentrer sur la seule édition de jeu ? Quand vous mettiez vos précieuses pièces de 5 francs dans une borne d’arcade avec Street Fighter 2 ou The King Of Fighters, croyiez-vous, qu’un jour, un crossover réunissant les meilleurs combattants créés par ces deux sociétés sortirait ? Le fou osant exprimer cela à voix haute se faisait traiter de Paco Rabanne vidéo ludique, mais pourtant, force est de constater que tout cela est arrivé.
Si vous avez été déçu par la série Capcom vs SNK, qui nous donnait la vision Capcomesque des choses, voici que SNK vs Capcom Chaos (SVCC) se propose de rattraper ce sentiment en imposant cette fois le feeling typique de SNK. Sorti l’an passé sur Neo Geo, les dieux de la 2D semblent décidément être avec nous puisque ce titre se voit aujourd’hui adapté sur Xbox. Et les choses n’ont pas été faites à moitié vu qu’un mode Live permettant des affrontements en ligne a aussi été ajouté. Qui va gagner ? Iori ou Ryu ? Réponse dans ce qui suit…
Un gameplay basique au service de vos instincts
Inutile de se voiler la face : SNK vs Capcom Chaos est loin d’être le jeu de baston ultime dont tout le monde rêvait. Et cela pour pleins de raisons. En fait, il faut garder à l’esprit que deux approches de ce titre sont possibles, en fonction de votre habitude des titres de combat en 2D. Ainsi, le fan absolu ne pourra qu’être frustré. La faute à un gameplay sans imagination. Alors qu’il était en droit d’attendre un titre au gameplay de haute volée, il se retrouve finalement avec une jouabilité rétrograde. A vrai dire, tout cela nous ramène de nombreuses années en arrière, à l’époque de Street Fighter 2 plusexactement.
Souvenez-vous. Cet ancêtre qui a popularisé le genre était tout de même très simple. Vous preniez Ryu, vous appreniez à sortir les Hadokens, les dragon punchs et le coup de pied retourné. Vous mixiez cela avec les coups de base, et vous pouviez prétendre éclater votre adversaire. Et bien, on retrouve exactement la même chose dans SVCC, à ceci près que des furies, un exceed (super furie) et un semblant de contre avec le «pas en avant» ont été ajoutés. Exit toute tentative de renouveau et de subtilité. Ceux qui recherchent la technicité d’un King of Fighters, d’un Street Fighter III 3rd Strike ou d’un Guilty Gear peuvent donc passer leur chemin. Par contre, le néophyte, ou le joueur qui veut un titre immédiatement accessible sera ravi. Car finalement, au bout de quelques heures de pratique, il se retrouve avec un titre qu’il connaîtra suffisamment pour pouvoir s’amuser. Surtout que SVCC reste parfaitement jouable à la manette. Si celle-ci ne remplacera jamais un stick arcade, il faut bien avouer que sortir les différents coups s’avère très facile. Bref, si vous faites partie de ceux qui se prennent raclées sur raclées dans les autres jeux du genre, SNK vs Capcom Chaos devrait vous ravir.
Tout cela vous encouragera à pratiquer le jeu en solo. Et là aussi, pas de surprises, dans le sens où le strict minimum syndical est assuré. Vous pourrez donc feindre la surprise devant un mode arcade, un versus, un practice, ou un survival. Je vous sens déjà transis par tant de nouveauté. Comment ça non ? Et vous ne pourrez enchaîner que des combats en un contre un. Implémenter un Team Battle devait sans doute paraître trop novateur à l’équipe de développement… Finir le mode arcade ne vous apportera que la satisfaction d’avoir terminé le jeu. Et les amateurs d’artworks pourront s’acharner sur le survival pour débloquer de nombreuses illustrations de chacun des protagonistes et les deux boss. Enfin, le petit plus de la version Xbox est constitué par le mode color edit. Le jackysme frappe donc de plein fouet SVCC puisque vous pourrez modifier la couleur des vêtements de tous les combattants. Suupeeeer ! Inutile de rêver cependant puisque vous ne pourrez pas leur mettre des jantes chromées ou un spoiler…Rien de bien novateur, mais même si l’on reste dans le classique, celui qui appréciera le jeu aura de quoi s’amuser.
On retrouve le même souci du minimalisme dans le nombre de personnage disponibles. Vous aurez donc accès à 17 combattants de chaque société et aux 2 boss. Un nombre conséquent et tout à fait honorable, qui regroupe les piliers des meilleures séries des deux éditeurs. Mais comme le programmeur responsable du menu était fatigué, vous n’en retrouverez que 24 directement visible sur l’écran de sélection. Pour avoir les 10 combattants supplémentaires, il vous faudra vous placer sur certains d’entre eux, maintenir la gâchette droite enfoncée et le sélectionner. Idem pour les boss. Un effort louable, sans doute pour contrer le piratage qui sévit sur Xbox, dans le sens où les manipulations et combinaisons à effectuer pour les avoir sont inscrites dans la notice. On me dit dans mon oreillette que ce n’est pas le cas, qu’il s’agit bien de la paresse du programmeur. Tant pis !
Au vu de ce qui précède, on comprend mieux la volée de bois vert que SNK vs Capcom Chaos s’est pris de part le monde. Pourtant, et malgré l’ironie qui parsème mon récit, il serait totalement faux de dire que le jeu est raté. Certes, il est loin, très loin même, des ténors du genre. Mais si on le prend à part, en faisant fi des titres concurrents, le savoir-faire de SNK est tout de même là, et personnellement, si vous me mettez avec Snake X en face du jeu, alors les parties s’enchaînent à n’en plus finir. Un jeu moyen en quelque sorte, disposant de trop d’imperfections pour laisser une bonne impression.
Rematch, vous avez dit rematch ?
Là où il faut bien avouer que le jeu est totalement raté c’est sans doute sur le Live. Pourtant, SNK avait réussi à trouver un programmeur motivé pour se taper tout plein de lignes de codes pour nous offrir des joutes à distance. Et le bougre est relativement bon puisque peu de lag est à déplorer. Les menus disponibles font dans le classique. Du quickmatch, de l’optimatch, ou du create match pour affronter un autre joueur et lui prouver que vous êtes bien le plus fort. N’espérez pas pouvoir choisir les parties en fonction de la langue de l’hôte, notre programmeur étant connu pour être quelqu’un d’obtus et de très peu ouvert sur le monde. Il n’empêche que cela n’est pas forcément handicapant, dans le sens où de nombreux joueurs pratiquent les jeux de baston en serrant les fesses, incapables de décoincer la moindre parole. Au final peu importe que vous tombiez sur un français ou un habitant du Swaziland, vous parviendrez à vous amuser. On reste donc dans le moyen. Alors pourquoi vous ai-je dit que le jeu était raté ?
Pour deux simples raisons. Premièrement, se connecter au mode Live de SNK vs Capcom Chaos, c’est visiter le Sahara. Alors c’est impressionnant, ce silence et ce sable qui s’étend à perte de vue, mais passée l’extase du début, on s’aperçoit vite que rien ne ressemble plus à une dune qu’une autre dune. Et bien dans SVCC, enlevez le sable, et vous conserverez le silence. Reposant, certes, mais ennuyeux. Remarquez, vous pourrez profiter des longues minutes nécessaires à la rencontre d’un autre joueur en parcourant notre site, en mettant à jour votre liste de jeux Live (vous ne le faites jamais, ce qui nous donne une liste des jeux les plus possédés complètement fausse), en regardant 3 fois de suite la trilogie du seigneur des anneaux, en buvant du vinaigre, enfin bref, en faisant tout ce que vous voulez.
Et si au final, vous trouvez un adversaire, notre ami programmeur a fait en sorte que vous ne vous y attachiez pas trop. Le bougre sait bien que si des sentiments se développent et que votre relation se rompt, cela vous fera trop souffrir. Aussi, à la fin de chaque match, au lieu de vous proposer une option rematch, vous vous retrouvez obligé de quitter la session, pour la recréer, au risque que votre compagnon vous trompe avec un autre joueur qui est venu lui aussi s’égarer dans cette galère. Un développeur qui ménage nos sentiments et évitera nombre de cœurs brisés.
Ce défaut fait que le mode Live de SVCC est incroyablement fastidieux. Alors, quand à côté, on a le choix avec un Street Fighter III 3rd Strike et un Guilty Gear bien plus réussis, le choix est vite fait.
Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…
La critique n’a pas non plus épargné la réalisation du titre. Si on peut comprendre qu’elle se soit déchainée devant le conformisme du gameplay, on restera dubitatif concernant les attaques sur l’aspect purement technique du jeu. Pour une fois, nous mettrons l’ironie de côté. Car SNK vs Capcom Chaos a été développé sur Neo Geo. La machine commence tout de même à sérieusement dater aussi, il ne faut pas trop lui en demander. Cela nous donne des personnages disposant d’étapes d’animation peu développées, des décors relativement terne au niveau des couleurs, une pixelisation élevée et des sons d’une autre époque à base de digits et de musiques fleurant bon le synthé Bontempi. Alors certes, on a vu bien mieux sur Neo Geo (on se situe dans la partie moyenne de ce que la machine a pu produire), mais comme le dirait M.Pokora, ça sent bon le old school, man !
Il n’empêche que le design des personnages jouit de la SNK touch. Entendez par là que les combattants Capcom paraissent plus matures et torturés que jamais. Là où un Street Fighter verse plutôt dans le dessin animé et la caricature, SVCC nous propose une approche plus sérieuse et réaliste. Et franchement, ça fait du bien.
SNK vs Capcom est donc loin d’être le crossover ultime entre les séries de ces deux éditeurs. Il jouit malheureusement d’un gameplay trop commun, sans doute développé à la va vite, pour faire de l’ombre aux deux opus de Capcom vs SNK. Le titre est loin d’être aussi raté que les puristes veulent bien le dire. Du moyen, à pratiquer offline de préférence, le mode Live étant incontestablement raté du fait de l’absence de rematch qui n’encourage pas le joueur a persévérer dans sa longue recherche d’adversaire. Prions pour que ce défaut soit corrigé sur les prochains titres. Le soft ne conserve que l’avantage de son prix raisonnable (30 euros). Pour curieux et néophytes du jeu de combat 2D.
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- Un gameplay accessible
- Le prix
- Le Live complètement raté
- Frustrant pour les experts
- L'absence d'icones dans le menu de sélection pour les persos bonus