Test de Doom 3
écrit par Demosthene
 
 
SnakeX et Prune me font bien rire. Enfin, pas trop habituellement, mais concernant Doom 3, ils ont assurés. Quand il a été décidé que je m’attellerais à ce troisième épisode (étant le seul… croûton à avoir fini Wolfenstein 3D) de la fameuse série d’Id Software, ils n’ont pas été avares en mise en garde. Jeu stressant, effrayant, terrorisant, ils me promettaient de faire des mouillettes avec mon slip de façon certaine, après leur expérience de la récente version PC. Or tout cela me fait bien rire. Un jeu reste un jeu, il faut arrêter de se faire des films, et de s’exciter comme une puce boulimique sur Demis Roussos. C’est ridicule. Ayant une conscience professionnelle à tout épreuve, et pour appuyer mon propos, j’ai donc promis de ne tester le jeu qu’après minuit, dans le noir complet avec un casque assurant un minimum sonore. Les yeux hagards et la lèvre inférieure molle, comme après avoir vu CRCErrOR en string, ils m’ont simplement traité de fou. J’avoue avoir eu un doute à ce moment. Pas sur le corps galbé de CRC, mais en me rappelant un sketch de Palmade sur les cigarettes qui font rire bêtement… Me serais-je trompé
 
 
 
 
Mylène Farmer adoooooore ce jeu !
 
Jusqu’ici tout va bien. Nous atterrissons sur la planète Mars dans une ambiance glaciale. L’environnement hostile de la surface, nous fait plonger avec envie dans la roche froide et humide d’une base scientifique militaire, aux projets plus que secrets. Pas besoin de sortir la dernière blague de Toto, l’ambiance n’est pas légère, loin de là. Deux passagers qui nous accompagnaient recoivent l’accueil glacial d’un responsable local qui ferait passer Annibal Lecter pour une poulette de fête foraine. La tension est palpable entre les trois, les regards acérés, des choses sont cachées d’autres doivent être arrêtées avant de sombrer totalement. On ne comprend rien mais les murs semblent déjà se resserrer autour de nous. On évite donc un pet trompette pour mettre de l’ambiance, et allons prendre nos ordres en l’occurrence retrouver un scientifique qui ne donne plus de nouvelles. Commence alors une longue, lente et froide descente au cœur de cette base déjà peu rassurante, pour percer ses nombreux mystères… si on y survit bien sûr.

Ok, j’ai tenu les 10 premières minutes, même pas peur. Ce serait mentir de dire que l’ambiance est à la fête. Rien de spécial, pas de monstres ou de sang à l’horizon, mais on commence déjà à sentir une certaine lourdeur sur ses épaules. Plus on s’enfonce dans la base et moins cela s’arrange. Sur le chemin, des PDA traînent sur des bureaux (c’est une mode, vous en trouverez partout). On peut y consulter les derniers mails de leurs propriétaires, voir certains messages vocaux. Loin de s’échanger les adresses des boites d’échangistes à la mode, il semble que personne ne pilote plus cette base. Des accidents mystérieux, surnaturels se multiplient, les hommes demandent des armes (vous y viendrez bientôt) pour se rassurer et les disparitions s’enchaînent. Vous avez très vite l’impression de remonter un flot de rats qui hurlent et paniquent pour quitter le navire…

Bon, ok, je le concède, l’ambiance est là, très efficace. Très vite, vous redouterez plus d’être confronté à l’origine du mal que d’en savoir plus. C’est quand même un comble et un désaveu précoce pour le scénario de Doom 3. Le fait qu’il ne soit ni passionnant, ni addictif, et qu’il présente quelques failles aidera aussi, il faut bien le reconnaître.
Car Doom 3 ce n’est ni un FPS, ni une aventure à vivre. Le terme d’horror-FPS pourrait convenir, mais il est surtout question ici de vous plonger dans un bain malsain et de vous y maintenir le mieux possible, jusqu'à la panique. La base dans laquelle vous évoluez en est un bon ingrédient : Claustroland pourrait être son nom de code. Des couloirs étroits qui s’enchaînent, peu d’espace, aucune lumière (d’un autre coté dans une base souterraine) « saine », les gars d’Id Software ont bien réussi leur coup. Remarquez que ce qui impressionne c’est paradoxalement cette monotonie des couloirs et des salles, tout se ressemblant dans l’inquiétant. Car ce jeu on ne peut plus linéaire, et au gameplay classique (couloirs, clef, porte, couloir…), vous donnera souvent l’impression d’être perdu dans des zones si ressemblantes entre elles. Or, il faut bien le reconnaître, vu l’ambiance, vous avez tout sauf l’envie de faire du rab pour sortir de là. Cela rajoute donc une pointe de stress qui sert parfaitement votre inquiétude. Du grand art car le classicisme du design du jeu est presque complètement effacé par cette maîtrise de l’environnement.

Vos rencontres n’arrangeront pas vos affaires. Si dès le début celles ci vous inquiéteront à souhait, elles mettront vite les formes pour … matérialiser l’ambiance … de plomb. Oui, si vous pensiez trouver Oui Oui et Potiron au fond d’un jardin, c’est loupé. Comptez plutôt sur des anciens camarades possédés, armés ou pas, et des créatures difformes, sanglantes, dont les membres à vifs viendront vous enserrer pour faire un poutou fatal. Les créatures de l’enfer sont de sortie et visiblement vous avez une tête de cul béni qui les agace. Leur beauté est toutefois proportionnelle à leur intelligence car, histoire de vous stresser un poil plus, vous êtes l’aimant fatal de tout ce joli monde qui se jettera sur vous le plus vite possible. Une attitude offensive et calme vous gardera à l’abri de complications, ce qui ne servira pas forcément la durée de vie du jeu (comptez quand même 15 heures) en favorisant une certaine lassitude. Seuls quelques marines contaminés auront l’intelligence de rester sur leurs positions, d’être prudents. Ils en profiteront aussi pour vous arroser copieusement dès leur apparition, sans vous laisser de chance d’échapper aux premières rafales, ce qui en agacera plus d’un. Pour les nombreuses hordes infernales (animales, humaines, qui sait ?), vous aurez par contre des chances équitables de montrer vos dons guerriers.

Et pour cela un arsenal classique mais efficace vous attends, le tout se prenant efficacement en main... s’ils ne vous l’ont pas déjà happé. Ce qui serait bien dommage car celle-ci vous servira la plupart du temps, non pas à tirer, mais à vous diriger à l’aide d’une précieuse lampe torche. Attention, si celle-ci vous parait salvatrice dans ce monde sombre et glauque, prenez conscience que c’est une ficelle importante qui au contraire ne sert qu’à vous inquiéter en soulignant que tout peut surgir de partout et que ce faisceau lumineux est bien trop faible par rapport à vos angoisses. Le bouton blanc vous servira à échanger arme et torche, c’est celui que vous utiliserez le plus. Voir ou tirer il faudra choisir. Choisir vite et bien.
 
 
 
 
Deux paires de fesses qui font bravo sur le Live ?
 
Qu’est ce qui fait l’intérêt de Doom 3 ? Son ambiance, la trouille qui vous prend aux tripes car vous êtes seul, l’oreille tendue, inquiet à l’idée de se faire croquer brusquement par un quadrupède de 3 tonnes assoiffé de sang (le votre) ! Voilà la clé, l’atmosphère qui transpire de votre télé vers votre salon, qui vous inquiète, car vous êtes seul face à la surprise morbide qui se cache dans chaque recoin sombre.

Une fois qu’on a fait ce constat, force est de constater que le multijoueurs partira avec un sérieux handicap. Doom 3 propose d’ailleurs le minimum syndical pour un FPS en 2005 : un Deathmatch, Team Deathmatch, Tournoi (un contre un avec spectateur qui dirige une intéressante caméra mobile) ou Survivant (... vous trouverez tout seul), le tout jouable à 4. Ceci se déroule sur 5 maps tirées du solo et ne présentant que très peu d’intérêt. En effet, l’ambiance n’est plus là, vous savez quels sont vos ennemis, ils vous parlent mais à aucun moment ils ne vous effraieront tout comme les maps qui ne sont pas au cœur du jeu. La limitation du gameplay de Doom 3 ressort alors complètement et ce n’est pas la qualité de connexion qui arrangera le tout. Oh bien sûr, j’ai bien rigolé en entendant trois américains qui criaient, paniqués, quand je me suis permis de les charger finement... à la tronçonneuse. Ceci dit, vous passerez vite votre chemin.

Pour jeter un coup d’œil au mode Coopération, beaucoup plus attirant. C’est en effet affublé d’un compagnon que vous allez parcourir 20 niveaux du mode solo. Ici le bilan est moins négatif. Tout d’abord vous récupérez une bonne partie de l’ambiance, la torche et pourrez progresser en vous complétant (l’un éclaire, l’autre tire). Il s’agit donc un peu plus qu’un mode multi contre cette fois ci le bestiaire immonde de Doom 3, mais la frontière est ténue. Parcourez le avec un Prune qui s’amuse à vous piquer toutes les armes pour vous laisser repousser les créatures infernales à coup de poings, vous rigolerez bien mais perdrez beaucoup de stress donc d’intérêt. Trouvez un compagnon qui rentrera dans un vrai trip avec vous et ce sera alors un vrai bonheur. Enfin, si vous oubliez tous les ralentissements dès que plus de deux ennemis arrivent et les scripts trop évident des attaques simultanées devant et derrière vous. Mais cela vaut le coup de s’y mettre, vraiment, pour voir celui qui fait dans son froc, qui à une légère nausée, le premier.
 
 
 
 
D’une magnifique laideur…
 
Ceux qui vivent sur une île déserte se demandent si Doom 3 est beau. Tous les autres en sont à savoir si c’est oui ou non le plus beau jeu de la Xbox. C’est vous dire. Oui Doom 3 est magnifique, oui son moteur de gestion de la lumière est superbe, oui on s’y croit. Les petits gars d’Id software ont vraiment fait du bon boulot au service de cette atmosphère pesante, de cette sueur crasse qui transpire. Mais (car il y a toujours un mais), en désaccord avec quelques membres de la rédaction que je ne nommerai pas (un fruit et un vieux gars coiffé à la Chris Waddle), il y a quand même certaines choses qui me laissent un arrière goût. Quand on peaufine un tel jeu, quand on sait que tout le monde va s’extasier dessus, on fait les choses jusqu’au bout. L’enculeur de mouche que j’assume être trouve donc incroyable qu’à coté de telles qualités graphiques, coexistent des éléments d’un niveau de 3ème district. Il n’est pas rare de croiser des affiches tellement floues et pixellisées qu’elles sont illisibles, comme nombres d’indications sur des placard et autres machineries. Je chipote peut être, on me conseille de ne pas regarder de trop prêt, soit, mais dans des niveaux aussi étroits et resserrés, vous avouerez que c’est difficile.

Devinez quoi, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Car si je ne suis pas persuadé de la suprématie graphique du titre sur la ludothèque Xbox, coté sonore, il n’y a carrément plus de débat. Ce jeu est un monument d’ambiance sonore et les possesseurs de systèmes 5.1 se remettront difficilement d’une nuit passée sur Doom 3. C’est simplement hallucinant de justesse pour éveiller votre paranoïa, enflammer votre stress et votre claustrophobie tout au long de cette aventure. Un cri, une voix de femme qui implore la mort, des bruits de pas pressant qui se rapproche dans le noir, de simples chocs métalliques ou même (et surtout) non identifiés, c’est glauque, c’est flippant à souhait, mais mon dieu quel pied, quelle montée d’adrénaline. On se souviendra longtemps d’un tel travail qui assure la majorité de l’immersion dans le jeu. Clap clap messieurs. Mais (car il y a toujours un deuxième mais) j’aime la perfection.. Sur un PDA, un enregistrement sonore d’un ingénieur qui s’inquiète et qui ressent les premiers signes de l’horreur, c’est parfait. Mais croyez vous vraiment que cela touche autant que ça, si le doubleur a un accent qui chante le Sud de la France ? Allez vous en rirez, et ce sera bien la seule fois du jeu, alors profitez en.
 
 
 
 
Simple, trop classique mais efficace, Doom 3 explose grâce à la justesse de l’atmosphère dégagée, de cette ambiance suffocante et terriblement efficace. Rares sont les jeux qui inquièteront les joueurs avant même de commencer, Doom 3 rentre dans la cours des grands du genre. Fermez les volets, montez le son et vivez l’horreur au bout du pad pour quelques heures mémorables. Une expérience immanquable.
 
 
 
 

+ -
- Immersion totale
- Quel son, mes amis !
- Inquiétant à souhait
- Adrénaline au plafond… le pied
- Lassant à force
- Scénario délaissé
- couloir-porte-couloir-porte…
- Performances Live bien en deçà

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