GoldenEye. Mot magique n’est ce pas ? Même les petits Jason du Live (des cousins des Kevin) ont entendu parler de ce jeu de Rare, qui, il y a 7 ans avait dépoussiéré les FPS console. Depuis, beaucoup de cheveux sont tombés du crâne de Prune mais notre souvenir reste intact, précieux. Autant donc vous dire qu’un retour sur Xbox ne laisse pas indifférent, disons plutôt méfiant, même si EA n’a pas massacré sa licence 007 jusqu’ici. Alors coup marketing ou bon jeu qui se fait aider d’un nom prestigieux, regardons bien la copie rendue pour avoir le fin mot de l’histoire.
Dans pot pourri, il y a …
Je pense avoir trouvé l’étincelle des scénaristes de ce GoldenEye. Franchement, faîtes le point sur les agents du MI6 : ils sont beaux, ils sont forts, riches, et du coup, coté nanas, ça se passe pas mal. La contrepartie ? Se frotter en permanence à des psychopathes sadiques, se faire torturer, tirer dessus et voir ses amis se faire descendre en permanence. Moins sympa du coup, n’est ce pas ? Et tout ça pour quoi ? Pour, selon la formule consacrée, « la service de sa gracieuse majesté »… non mais honnêtement, vous l’avez vu récemment, la gracieuse ? Vous vous feriez massacrer pour ça, vous ? Et bien notre personnage central non plus figurez vous ! Et comme la mode vidéo ludique actuelle est teintée d’une morale plutôt vaporeuse, il décide donc que la vieille Windsor peut se rhabiller, pour un beau tas de billets verts.
Et c’est ainsi que commence l’histoire de ce collègue de bureau de James Bond que vous allez incarner (fallait pas rêver, l’idole reste gérontophile). Vous venez en effet de vous faire virer du MI6, votre comportement étant jugé trop brutal. Aux dernières nouvelles, Bond est un tueur froid (comptez une centaine de victimes par film), option impitoyable, mais passons sur cette justification comique. Les méchants étant toujours bien informés, vous n’allez pas tarder à être contacté par Goldfinger qui cherche à se renforcer dans sa guerre contre le Docteur No. Au passage celui ci vous dotera d’un nouvelle œil (le Dr No avait emprunté l’ancien…) aux nombreuses possibilités. Vous avez fait tilt ? cet œil, doré car offert par Goldfinger, c’est la raison de ce titre : GoldenEye (traduisez ‘œil en forme de pomme’). Ils se sont creusés chez EA n’est ce pas ? Bon je vous passerai sur la suite du scénar, ce n’est pas utile. Sachez juste qu’au cours de votre aventure vous allez croiser le catalogue presque complet de l’univers de 007 : Goldfinger , Dr No, Oddjob, Scaramanga, ils sont nombreux au rendez vous. Dois je souligner que faire cohabiter et collaborer des méchants aussi mythiques qu’asociaux de l’univers 007, surtout non contemporains, est d’une incohérence qui a du faire du bruit dans le caveau de Sir Ian Flemming.
Et même si ce scénar n’est pas la déception la plus évidente du jeu, il faut reconnaître que c’est assez tordu. Car si on peut comprendre l’intérêt ludique à incarner un agent « bad guy » (la seule bonne idée), de là à devenir le larbin d’un pourceau doré comme Goldfinger, il y a quand même une marge pour notre plaisir. Il serait temps que certains comprennent qu’un FPS s’apprécie en solo en grande partie par son ambiance, l’immersion que l’on ressent au bout des sticks, l’implication du joueur. Bref, tout ce qui est absent ici. Du coup, on oublie vite l’histoire pour se concentrer sur le jeu, et malheureusement, ce n’est pas un bon plan.
Concentrons nous donc sur les qualités intrinsèques de ce FPS et coupons l’effet de surprise, cela ira vite ! Car le pad rapidement en main, on se rend vite compte du problème. C’est tout simplement catastrophique : imprécis, lent, une utilisation des boutons mal vue, vous allez bientôt maudire cette impression de bateau ivre. Un petit tour dans les options pour la sensibilité des commandes vous permet il d’ajuster ceci ? Soyons honnêtes, un moyen tour, un grand tour, 15 petits tours, rien n’y fait, c’est mauvais, du genre à vous faire jeter la manette de rage et à vous dégoutter du jeu très rapidement. Et quand vous pensez qu’il existe des « bonus de précision » à la fin des missions, c’est tragi-comique. Mais comme disait ma mémé, « il faut toujours finir son verre, il y a souvent une femme à poil au fond », persévérons donc. Car si la maniabilité est repoussante, le gameplay n’est pas dénué d’intérêt. Maniement de deux armes simultanées, bouclier et jauge de vie rechargeable indépendants, 4 grenades à porter … cela vous dit quelque chose, tout ça non ? Quand l’inspiration est de qualité, il n’y a pas de honte, je vous rassure, d’autant plus si vous y ajoutez l’utilisation d’un ennemi comme otage/bouclier. Par contre, le minimum de chose c’est de faire ça bien, de l’intégrer. Un bouclier qui se recharge seul c’est logique, mais une jauge de vie, c’est original. Les armes simultanées c’est bien, mais avec une telle gestion des boutons, vous vous énerverez souvent pour arriver à les associer correctement. Et c’est bien dommage car cela affecte aussi l’utilisation de votre fameux œil en or. Il possède des fonctions à priori intéressantes (une vision à travers les obstacles, des perturbations magnétiques enrayant les armes de vos adversaires etc.) mais si avoir de bonnes idées c’est une chose, nous permettre dans profiter n’en reste pas moins indispensable, et il semble que les tests de jouabilité ont ici été confiés à la Venus de Milo.
Si on fait les comptes, il ne reste plus grand chose pour sauver les meubles. L’environnement ? Pas de bol, c’est pire ! Les FPS ne sont pas connus pour offrir une liberté de mouvement extraordinaire, soit, mais là on tient une référence de linéarité. Pas de saut, vous allez donc devoir suivre strictement le sentier que l’on vous a préparé, et celui ci sera aussi sinueux qu’ennuyeux. Après la Venus de Milo, il semble qu’EA ai confié le level design à une chaîne de magasins de meubles Suédois ! Une vrai Dream Team…
Allez comme je suis sympa, je vous ai gardé le meilleur pour la fin, en l’occurrence le système E.V.I.L. d’EA en charge de nous faire des ennemis intelligents. Espérons que c’était une blague. Car non seulement, ils n’ont aucune initiative, aucune réactivité à vos déplacements mais ils sont tous scriptés entre deux points dans leur attaques. Monsieur le méchant (ou le gentil, du coup, on s’y perd) part donc du point A où il est à l’abris, va au point B, tire quelques coups et revient ensuite au point A, et ainsi de suite. Incroyable de nos jours, mais malheureusement vrai. Cela vous fait penser au tir au canard des fêtes foraines ? C’est normal, c’est exactement le même principe.
Je fini cette macabre liste par une légère innovation de ce Goldeneye. Il existe en effet un système de piège à déclencher (moteur d’un missile, containers qui balayent tout etc.) pour se débarrasser des ennemis qui se trouvent mal placés. Si les intentions sont bonnes, l’intérêt me semble quasi nul. Dans le principe, cela revient à « fixer » des frags sur un style par nature dynamique, un contre sens non judicieux. Mais dans la réalisation (encore une fois au top...) c’est carrément désastreux : vos ennemis avaient déjà tendance à ne s’abriter que derrière des bidons explosifs mais là c’est carrément risible. Il faut les voir se mettre dans la zone en question et y rester plantés sans raison, dans l’attente de la sanction. Pathétique.
Toute valeur multipliée par zéro (même 00)...
Et bien oui, le Live on peut lui demander beaucoup, mais des miracles, il ne faut pas pousser non plus. Une catastrophe ludique ne se transforme pas à plusieurs, sinon cela se saurait, vous ne croyez pas ?
Non, ici aucun miracle, la fréquentation est donc d’une logique implacable : vous trouverez très peu de monde, beaucoup étant repartis chez leur revendeur au bout d’une heure pour plaider la faiblesse mentale et espérer un échange salvateur. Si vous ajoutez l’absence de sélection de la langue en Optimatch, cela rend les choses de moins en moins attirantes.
Et pourtant, on aimerait espérer. On se dit l’IA n’étant plus de mise, les adversaires du Live (de 2 à vont enfin proposer une opposition digne de ce nom, capable de secouer tout ça. On se dit que la vingtaine de maps disponible sera suffisante (au moins pour compenser les 5 pauvres modes de jeu), que le paramétrage complet des parties est le bienvenu.
Et puis, à un moment ou à un autre, il faut arrêter de se dire plein de choses, psychologiquement, c’est jugé limite. Il faut juste constater : c’est toujours aussi injouable, c’est d'une lenteur affolante, les niveaux sont nombreux mais aussi laids qu’étroits et d’un intérêt qui évoque un terrain vague en plein hiver, balayé par un vent froid et humide.
Serions-nous blâmés si nous n’évoquions pas l’aspect technique ? Dans le doute, il faut tout d’abord considérer qu’il est très difficile de trouver 8 adversaires. Pour finir (et oui déjà), disons que cela tourne presque aussi bien qu’en solo. Oui, je sais. Sacré référence. On s’arrêtera donc là.
Disponibles sur toutes les consoles ...
Car c’est ce qui saute aux yeux ; soyons clairs. Ce jeu est d’une laideur incroyable. On ne peut même pas parler de textures, préférez donc le terme « couleurs » pour essayer de qualifier cet amas de pixel qui vous sert de cadre dans vos affrontements. Pour une fois, je ne maudirai même pas la PS2 en tant que facteur limitant d’un jeu conçu pour plusieurs consoles, car même nos amis seraient horrifiés de voir ça sur leurs petits monolithes. Une forme d’hommage à son prédécesseur sur N64 ? Bref, cela reste vide, pauvre, sans aucune inspiration pour ce qui concerne le fond, et en ce qui concerne la forme, pas besoin d’en rajouter. Et si je ne parle pas de l’animation de tout cela ou de certains effets graphiques, croyez bien que ce n’est pas dû au hasard, tout comme la durée de vie, puisque de toute façon personne n’aura envie de souffrir aussi longtemps.
Allez soyons raisonnables et arrêtons les dégâts. Quelle serait l’utilité de continuer cette longue agonie ? Dois-je parler de vos ennemis qui disparaissent instantanément après être abattus (peut être de honte...). Non, soyons magnanime et cherchons donc ce qui est positif dans cette « œuvre ». Saluons donc quelques bonnes cinématiques fidèles à l’esprit 007 qui se laissent regarder et certaines musiques qui y collent également (oubliez tout de suite les effets sonores). Est-ce tout ? Oui. Concluons donc.
L’année commence bien...
Bon, pas besoin de vous faire un dessin, évitez donc de vous pencher sur ce GoldenEye : Au service du mal, vous avez certainement mieux à faire avec 60 euros, surtout au regard de la concurrence. Si sur le papier, le jeu peut faire illusion avec ses bonnes intentions, il est déplorable de voir en 2005 un tel niveau de réalisation, indigne d’EA et de ce qu’ils avaient déjà livré sur cette juteuse licence. Et c’est peut être le seul point positif : ce jeu est une telle catastrophe qu’il ne fait finalement pas du tout d’ombre à son illustre ancêtre sur N64. Il donne même envie de s’y replonger pour passer un bon moment, soit quelque chose de très opposé à ce que j’ai du subir pour vous livrer ce test.
+
-
- Quelques bonnes intentions (vite oubliées)
- Réalisation
- IA de fête foraine
- Et tellement d’autres choses...