Outrun ! Que de bons souvenirs pour les vieux cons que nous sommes ! Je me souviens du p’tit Prune, alors âgé de 10 ans, quémandant des pièces de 5 ou 10 francs à son entourage pour pouvoir s’asseoir dans la magnifique borne d’arcade de l’époque. J’étais fier au volant de ma Ferrari avec ma blonde hurlant de joie à mes côtés. Mais j’ignorais l’influence que ce jeu allait avoir sur ma vie future. En effet, voici qu’à 28 ans, je me retrouve avec une Clio rouge dans mon garage (désolé, on fait en fonction de ses moyens financiers) et une Nanabelle blonde dans mon lit. Petite devinette : sauras-tu retrouver le prénom de la personne qui partage mes jours ?
Sortir une suite à ce jeu sur console 18 années plus tard relève d’un pari très risqué. En effet, les jeux de voitures comportant un gameplay arcade n’ont plus trop le vent en poupe, en partie à cause de leur durée de vie rachitique. Et ce n’est pas la démo jouable à la Japan Expo qui pouvait rassurer sur ce point. Autant vous dire que j’étais sceptique avant de réaliser le test qui va suivre. Et possédant déjà la voiture rouge et la blonde, comptez sur moi pour faire une critique sans concessions.
Femmes, je vous aime !
Vous devez vous dire que j’ai encore fumé des substances illicites pour sortir un titre pareil. Que nenni ! Je ne fais que retranscrire ce que j’ai pu voir à l’écran. Si une course en mode « Outrun arcade » (que vous terminerez en cinq minutes) relègue votre blonde au rang de potiche écervelée, il en ira autrement en mode « Outrun défi ».
Ce dernier consiste à effectuer 101 missions dans le but de faire plaisir à la femme qui siège à votre droite, qui, comble d’ironie pour nos amies blondes, est brune dans ce mode! Hérésie pour certains que ce changement de couleur de cheveux, mais choix qui se justifie finalement, puisque ici elle joue un rôle important…En effet, celle-ci vous récompensera, en fonction de vos performances, en vous attribuant des cœurs. Plus vous en aurez, plus la note (de A à E) que vous obtiendrez en fin de run sera élevée. Seuls les A vous permettront de déverrouiller des missions supplémentaires. Et vous ferez tout pour la contenter, d’une part car il faut toujours faire ce que femme veut, mais surtout parce que votre compagne virtuelle n’hésitera pas à vous frapper (!) à chaque accident ou si votre note finale n’est pas assez élevée. Evitez donc de jouer à Outrun 2 avec votre petite amie dans les parages, cela pourrait lui donner de bien mauvaises idées…
Les objectifs de ces missions sont incroyablement variés, évitant ainsi la monotonie que l’on pouvait légitimement craindre. Certaines courses vous demanderont de faire du calcul mental ou de mémoriser une série de fruits afin de trouver le bon embranchement à prendre, d’effectuer des photographies d’endroits du circuit en dérapant, de vous faufiler au milieu de la circulation, de faire une course contre un rival, etc... Bref, cela n’a jamais été fait auparavant, et pour risibles que soient ces objectifs, ceux-ci apportent leur dose de fun et de fraîcheur. Sachez que ce mode vous permet de débloquer les nombreux bonus du jeu. De nouvelles voitures, de nouveaux parcours et de nouvelles musiques seront donc à découvrir pour les acharnés. Cerise sur le gâteau, les mélodies du premier opus et deux circuits mythiques de Scudrace et de Daytona en font partie.
La prise en main est d’une simplicité désarmante, tant et si bien que la mémé si chère à Démosthène pourrait jouer à Outrun 2. Hormis le stick gauche et les deux gâchettes, aucun autre bouton de la manette ne sera utilisé. Pour un joueur normal, 5 minutes suffiront pour appréhender totalement le gameplay.
Ne vous attendez pas à finir Outrun 2 rapidement. Bien que le jeu n’atteigne pas la durée de vie d’un Burnout 3, il vous faudra compter entre 10 et 20 heures, en fonction de votre dextérité, pour terminer les 101 missions. Si dans l’ensemble, celles-ci sont plutôt simples, quelques-unes d’entre elles sont particulièrement ardues. En effet, selon l’objectif à accomplir, vous serez confronté à un trafic relativement dense. Il vous faudra donc vous concentrer sur votre mission et gérer la circulation présente. Et c’est ici que les deux défauts du jeu font leur apparition. Tout d’abord, arcade oblige, vous ne prendrez jamais un avantage conséquent sur vos adversaires contrôlés par la console. Si cela permet de maintenir la pression jusqu’à la fin de l’épreuve, sachez que le résultat de celle-ci se joue dans le dernier virage. Et quand vous découvrirez que les dernières courses durent entre 10 et 20 minutes, vos paddles vont apprendre à voler. Attendez, ne vous calmez pas tout de suite. Comme vous devrez recommencer plusieurs fois de suite un même run, vous constaterez que le trafic ne change pas. Celui-ci est donc scripté, et il y a fort à parier que vous perdrez systématiquement au même endroit comme cela a pu m’arriver sur une course du fait d’un barrage de voiture dans le dernier tournant avant l’arrivée. Rageant !
Pour finir, sachez que vous pourrez aussi effectuer une simple course arcade (idéal pour se détendre après une journée de travail) ou jouer en LAN (le jeu en écran splitté n’est pas disponible). Un autre mode particulièrement bien trouvé a été ajouté. Il s’agit du mode « Outrun Party » qui vous permettra de refaire les 101 missions avec trois autres amis. Chacun joue à tour de rôle. Celui qui réalise le meilleur score est déclaré vainqueur.
Soyons franc. Je n’attendais pas grand chose du jeu solo d’Outrun 2 et pourtant, force est de constater que celui-ci s’avère très réussi. Tout joueur ayant connu le premier volet retrouvera immanquablement le fun qu’il avait pu éprouver il y a de cela fort longtemps dans une salle d’arcade très très lointaine (oups je m’égare là…).
L’arcade à domicile.
Pour qui fréquente souvent les salles de jeux, il n’y a rien de plus amusant que de faire une course contre des adversaires humains sur des bornes reliées entre elles. SEGA l’a bien compris et a conçu le mode Live d’Outrun 2 en pensant à cela. Ici, le fun et la convivialité priment sur toute autre chose.
Ceux pour qui le classement passe avant le plaisir de jeu pourront quand même se défouler dans le mode « contre la montre » qui vous demandera de réaliser le meilleur chrono sur chaque circuit ou chaque course disponibles. A vous d’être suffisamment rapide pour faire partie de l’élite d’Outrun 2. A noter que vous pouvez télécharger les ghosts de vos adversaires pour essayer de vous améliorer.
L’autre mode consiste à faire des courses contre 7 autres joueurs. Et là, tout l’intérêt du titre en réseau va vous sauter aux yeux. Tout d’abord, la connexion est d’excellente facture. Malgré le faible débit de ma ligne ADSL (1024/128), il m’est possible d’héberger des parties à 8 sans qu’aucun lag ne se fasse ressentir. De l’excellent travail de la part des développeurs. La gestion de la voix est stupéfiante. Non seulement vous entendrez parfaitement vos adversaires pendant les courses, mais en plus, vous communiquerez aussi pendant les temps de chargement. Les conversations ne sont donc jamais interrompues. Aucun classement n’est disponible, vous pourrez donc conduire comme bon vous semble ou chercher à percuter vos adversaires sans que personne ne vous hurle dessus. Bref, ça chambre, ça rigole et les parties s’enchaînent sans que l’on s’en aperçoive. Les nouvelles fonctionnalités du Xbox Live sont intégrées. Vous pourrez gérer votre liste d’amis et envoyer des messages vocaux avec vos invitations.
3 types de jeu sont disponibles. Outrun, où le premier choisit le parcours en fonction de l’embranchement qu’il prend. Route, qui permet à l’hôte de choisir les tracés de la course avant le début de la partie. Et enfin, Course Bonus qui vous permet de vous éclater sur les circuits de Scudrace et de Daytona. Si le niveau de vos adversaires est disparate, vous pourrez activer l’option retard, qui a pour but de faire en sorte qu’aucun concurrent ne soit distancé durant la course… Comme en arcade en quelque sorte.
Cependant, le jeu n’est pas exempt de défauts. Tout d’abord, vous ne pourrez pas choisir vos parties en fonction de la langue de l’hôte. Deux solutions s’offrent à vous pour jouer entre français. Soit vous avez une liste d’amis suffisamment étoffée et vous finirez bien par trouver une connaissance qui a le jeu. Soit vous essayez de deviner au nom du serveur s’il peut être français ou non. Par exemple, un serveur qui s’appelle Prune, Pomme ou Chèvre aura plus de chance de comporter des joueurs francophones qu’un serveur qui s’appelle Motherfucker, Frenchsuck ou The Killer.
Je vous disais précédemment que le lag était une utopie sur ce jeu. Pourtant, tout n’est pas rose. En effet, les collisions entre véhicules sur le live sont très mal gérées. Ainsi, percutez un concurrent et vous verrez sa voiture disparaître, puis se téléporter devant vous. Alors, ce bug est plus ou moins visible en fonction du nombre de joueurs impliqués. Au final, on s’y habitue et cela n’est que très peu gênant.
Un autre bémol vient du fait que malgré le grand nombre de circuits disponibles, ce sont toujours les mêmes décors qui reviennent. Cela risque de devenir lassant à la longue. Cependant, si vous y jouez avec vos amis habituels, nul doute que les parties s’enchaîneront…
Alors ça vaut le coup ou pas sur le Live? Sans hésitation : oui. Encore une fois, Outrun 2 m’a agréablement surpris. Je m’attendais à trouver peu d’intérêt au jeu en réseau. Je me suis fourvoyé puisque j’y ai passé de nombreuses heures depuis vendredi. Petit détail amusant, les joueurs français que j’ai rencontré avaient tous un age avancé (autour des 30 ans). Visiblement, les nostalgiques ont déjà succombé…
Le prix à payer…
On ne peut pas dire que le jeu soit réellement beau. Il se situe dans la moyenne des jeux Xbox actuels. Les graphismes sont colorés, mais relativement pauvres. De surcroît, ceux-ci connaissent un aliasing assez conséquent. Si les thèmes des parcours sont variés, ceux-ci oscillent entre l’agréable et le moyen. Ainsi, Paris est très réussi, mais le parcours ayant pour thème la hollande dispose de couleurs criardes. A côté de cela, les décors se reflètent sur votre voiture et si vous conduisez face au soleil, les couleurs présentes à l’écran seront passablement délavées, donnant un sentiment d’éblouissement. On sent donc que certains éléments ont été plus travaillés que d’autres. Dommage.
Le gros point faible du jeu est sans aucun doute constitué par son animation. L’impression de vitesse est excellente, mais, sur certains circuits (Long Beach, Hollande), alors que techniquement ce n’est pas l’extase, le jeu saccade allègrement. Et ces dernières apparaîtront tant en solo qu’en Live. Ce n’est pas forcément gênant, mais quand on voit des jeux beaucoup plus réussis sur le plan graphique ne pas subir de ralentissement, on ne peut que déplorer le manque d’optimisation du jeu sur notre machine.
SEGA doit ignorer qu’il existe une option permettant d’écouter ses musiques pendant un jeu, car une fois de plus, seules celles composées par les programmeurs pourront être choisies. Pour Outrun, cela n’est en rien lassant car les thèmes sont très connus et vous feront verser une petite larme en pensant à votre jeunesse, mais bon, l’intégration de cette possibilité aurait été un plus. Hormis cela, le bruit des voitures est correct, et le jeu ayant été intégralement localisé, les commentaires de votre passagère sont en français. Et malheureusement, que ceux-ci soient émis par une blonde ou une brune, cela se révèle d’une platitude à toute épreuve.
Techniquement parlant, l’éditeur s’est planté sur un point : le prix du jeu (car fixer un prix est technique) ! Alors que l’on ne cesse de clamer que tous les êtres humains naissent libre et égaux en droits, vous paierez le jeu 30 euros si vous votez pour Georges Bush et 60 euros si vous votez pour Jacques Chirac. Aucune explication à avancer pour cette écart de prix, si ce n’est le sentiment que l’Europe, en plus d’être la dernière roue du carrosse en matière de sortie de jeux, est prise pour la vache à lait du monde vidéoludique. Nul doute que bon nombre de joueurs n’achèteront pas Outrun 2 préférant se réserver pour les gros titres de novembre. Pourtant, sur plusieurs forums, lorsque la rumeur de la sortie du jeu à 30 euros se répandait, de nombreux joueurs se disaient tentés par son achat. Maintenant, si vous me demandez si le jeu vaut ses 60 euros, je vous réponds oui sans hésiter. Mais faire une telle différence entre les Etats Unis et l’Europe est bien navrante… Gageons que les démos Live fournies dans de nombreux magasins sauront montrer aux joueurs que malgré le prix, le jeu vaut la peine d’être acheté.
Comme vous avez pu le déceler tout au long de la lecture de ce test, je m’attendais à casser un mythe du jeu vidéo. Une fois de plus, j’en serai pour mes frais, tant le titre est réussi aussi bien en solo qu’en réseau. Et si, au niveau technique, il est en deçà des standards actuels, cela ne lui enlève aucune qualité, le fun et le plaisir étant bel et bien là. Certes, ce n’est pas le jeu du siècle, mais le slogan suivant pourrait s’appliquer : Outrun 2, un jeu pour les vieux cons nostalgiques, car ils le valent bien (remarquez, les jeunes cons sont les bienvenus aussi s’ils veulent un bon jeu de caisse).
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- Un jeu en solo réussi
- Une durée de vie suffisante
- Excellent sur le Live
- Une animation qui saccade
- Les collisions sur le Live
- L’écart de prix USA/Europe