Test de Worms Forts : Etat de Siège
écrit par Prune
 
 
Les vacances au ski ont toujours une saveur spéciale. Premier break de l’année après noël, l’air de la montagne permet de se revigorer en attendant l’été. Parcourir à ski des pistes enneigées, sentir le vent fouetter son visage et le soleil darder sur sa peau, voir des paysages magnifiques, se mettre auprès du feu avec sa chérie le soir dans un chalet… Autant de plaisirs simples que la vie citadine nous fait oublier. Puis arrive le moment délicat de la salle de bain, cet instant spécial où l’on constate que son visage a un teint si particulier avec marques de lunettes de soleil et rougeur avérée sur les zones exposées. Actuellement, la couleur de ma peau me fait ressembler à un lombric. Attendez… Lombric ! Ce mot me fait penser à quelque chose. Mince! Ca me revient. Il faut que je réalise le test de Worms Forts : Etat de Siège (WFES).

Nos vers préférés sont donc de retour. Reste à voir si la Team 17, équipe responsable du développement du jeu, ne va pas nous jouer un mauvais tour avec l’orientation désormais tridimensionnelle de nos lombrics…
 
 
 
 
Un ver 2D, ça va ! Un ver 3D, bonjour les dégâts !
 
Le concept de Worms est le fruit d’une étude menée par Team 17. Prenez seize lombrics. Répartissez-les en quatre équipes. Dotez-les de deux bras, du cerveau de Démosthène pour qu’ils soient capables d’aligner un peu moins de deux phrases d’affilée et qu’ils puissent exprimer leurs pulsions les plus primaires, d’armes aussi ridiculement létales qu’un lâché de grand-mères ou qu’un poussin explosif de 300 kgs et observez le résultat. Si l’on a coutume de dire que l’homme est un loup pour l’homme, vous vous apercevrez bien vite que le ver est une poule pour le ver… Hum ! Et cela fait plus de dix ans que cela dure.

Pour ce deuxième opus en trois dimensions, le principe reste identique. Les quatre vers dont vous disposez devront donc toujours annihiler toute forme de vie rampante leur faisant face. Si quelques éléments des volets 2D ont disparu (notamment la possibilité d’enterrer vos combattants pour les protéger), cela a été contrebalancé par une nouveauté de taille : l’érection (avouez que vous avez une image bien précise en tête, bande d’obsédés) de bâtiments. Et cela s’avère très important. En effet, ceux-ci vous permettront d’accéder à de nouvelles capacités. Ainsi, les donjons vous autoriseront à utiliser les armes les plus puissantes, l’hôpital à ressusciter vos lombrics décédés, l’usine d’armement à remplir votre réserve d’arme à chaque tour, tandis que maintenir debout une merveille pendant plus de deux tours vous assurera la victoire. Bref, l’aspect stratégique reste toujours aussi présent. Ajoutons à cela les petits coups de pouce du destin constitués par l’apparition aléatoire de bonus sur le champ de bataille, la possibilité de tuer instantanément un ver adverse en le noyant ou en le faisant chuter dans un précipice, et vous aurez un aperçu assez complet des possibilités.
Concrètement, cela se traduit par une évolution stratégique conséquente. Si les impatients pourront toujours tenter de se jeter sur leurs adversaires pour en découdre, ils seront vite punis par le joueur ayant pris soin de développer sa base qui aura accès à des armes bien plus meurtrières. Désormais, une partie se déroule donc en deux phases. Dans la première, vous construisez votre base et commencez à harceler les lombrics adverses, et dans la seconde, vous les étripez.

Le plus grand défi des développeurs consistait à adapter un gameplay 2D quasi parfait à la 3D. Et là, tout de suite, WFES montre ses premières faiblesses. D’une part, l’appréhension de l’environnement est beaucoup plus délicate. En effet, si dans les anciens Worms, vous voyiez toute la map et pouviez réfléchir plusieurs tours à l’avance à votre stratégie, c’est indéniablement beaucoup plus difficile désormais. La faute à l’utilisation d’une vue à la 3ème personne placée par dessus l’épaule de votre ver. Vous n’aurez donc qu’une vision réduite du champ de bataille. Et si une carte générale a été introduite, celle-ci n’est pas assez détaillée et surtout n’est pas consultable durant les tours de vos adversaires. A chacune de vos phases de jeu, un temps d’adaptation est donc nécessaire pour vous repérer. Et la minute qui vous est impartie pour réaliser une action s’écoule très vite. Encore plus quand vous saurez que la vitesse de déplacement des protagonistes est d’une lenteur impressionnante. Nous sommes désormais à mi-chemin entre la simulation de lombric et le jeu vidéo. Et que dire de la visée ? Bien qu’une vue subjective ait été introduite, la 3D ne permet pas d’avoir une appréciation des distances aussi bonne que dans les opus 2D. De ce fait, doser votre tir en fonction de la distance et du vent est assez délicat. Mais le principal problème est constitué par le manque de rythme des batailles. Pendant les tours de vos adversaires, préparez-vous à vous ennuyer. La faute à l’impossibilité d’avoir une vision d’ensemble de l’aire de jeu. Pourtant, cela aurait pu être surmonté par l’utilisation d’une vue de dessus ou d’une 3D isométrique. Avec une longue pratique, ces défauts de gameplay sont partiellement gommés, mais sachez que vous ne retrouverez pas la jouabilité simple et efficace d’un Worms 2D.

Et l’air de rien, tout cela vient indéniablement plomber le jeu en solo. D’une part, appréhender le nouveau gameplay vous prendra un temps conséquent, tant les premières missions du didacticiel sont incroyablement soporifiques. Vous jetterez l'éponge rapidement pour vous plonger dans le mode « campagne ». Malheureusement, le manque de rythme imposé par le passage à la 3D, l’absence de scénario, la nullité de l’ordinateur, ou au contraire son acuité exceptionnel dans la réussite des tirs achèveront bien vite de vous convaincre d’abandonner rapidement le ver solitaire (quel beau jeu de mot…).
 
 
 
 
VER l’ennui infini et au delà…
 
Mais l’intérêt de chaque opus de Worms ne réside pas dans son mode solo. Au contraire, tout l’attrait du titre est constitué par son mode multijoueur. Et désormais, vous pourrez vous éclater avec vos amis chez vous ou via le Xbox Live. Enfin, s’éclater, c’est un bien grand mot.

Les modes multi offline ou online sont relativement identiques. Praticables jusqu’à quatre joueurs simultanément, vous pourrez paramétrer les parties comme bon vous semble (durée de la partie et de chaque tour, armes, règles, décors…). Malheureusement, si vous avez trois autres amis à la maison, vous passerez vite à autre chose. En effet, les défauts de gameplay demeurant identiques au jeu en solo, les trois personnes ne jouant pas se retrouveront bien vite à faire autre chose pendant que vous finissez votre tour. A ce titre l’expérience menée par mes soins fut édifiante. Ayant invité quatre de mes amis à jouer (Pomme, Snack Y, Demonstern et Kayra), le titre du jeu se transforma vite de Worms Forts : Etat de Siège en Worms Forts : Etat de Lit, tout le monde s’étant endormi. Encore une fois, le défaut de vue d’ensemble de la carte avait frappé.

Sur le Live, les choses s’améliorent quelque peu. Si vous arrivez à faire abstraction du bug récurrent de la liste d’ami qui remonte toute seule quand vous la consultez, de l’absence quasi permanente de joueurs, alors peut être pourrez-vous vous amuser. Car il faut bien avouer que la connexion est de bonne facture. Encore heureux me direz-vous, vu le peu de chose qu’il y a à gérer par rapport à un FPS. Et, enfin (!), vous pouvez avoir une vue d’ensemble de la carte pendant le tour de vos adversaires puisque cela n’handicapera personne, chacun disposant d’un écran.
Si tout est paramétrable, on ne trouve pas trace d’un mode de jeu original. Ce seront donc des batailles à quatre qui vous seront proposées. L’optimatch par choix des langues est possible, tandis que la personne qui crée une partie peut décider de l’ouvrir à tous les joueurs ou uniquement à ses amis. Gardez cependant bien à l’esprit que rencontrer un joueur sur WFES est aussi miraculeux qu’espérer voir une course de Marie José Perec aux prochains jeux olympiques…
 
 
 
 
Nu comme un ver
 
S’il est une chose que Team 17 a bien réussi à transposer à la 3D, c’est incontestablement l’univers de la série. Les ancêtres 2D n’ont jamais brillé par leur réalisation, préférant tout miser sur l’ambiance. Si techniquement le titre ne casse pas une patte à un lombric tant elle est aux antipodes de ce qui se fait à l’heure actuelle (aliasing, textures simplistes, moteur 3D à la peine sur les vues d’ensemble de début de partie), elle a le mérite d’être propre et de conférer une touche cartoonesque au jeu grâce à un level design réussi et l’emploi de couleurs pastelles plutôt bien choisies. L’introduction de chaque bataille par la traditionnelle petite cinématique en image de synthèse renforce un peu plus l’immersion du joueur. Bref, on pardonne volontiers les quelques défauts graphiques, tant Team 17 a su conserver l’ambiance humoristique de sa série vedette.

La customisation de votre équipe est appréciable. Vous pourrez donc choisir leur casque de protection parmi plusieurs modèles, leur nom, leur langue (dont le français), l’emblème et la dénomination de votre groupe. Et en pleine partie, entendre vos lombrics narguer votre adversaire après un coup réussi ou hurler d’effroi en mourrant est assez sympathique. Profitez bien de ceux-ci car ils constituent la seule ambiance sonore du titre. L’utilisation des bandes sons présentes sur le disque dur de votre console aurait été un plus appréciable. Mais SEGA persiste et signe en boudant cette option dans tous les jeux qu’il édite.
 
 
 
 
Ce deuxième Worms en 3D n’est pas si catastrophique que cela. Bien que le titre soit moins praticable que ses ancêtres 2D, il est possible de s’amuser malgré les défauts récurrents de gameplay. L’idée de construire des bâtiments est un bon palliatif aux anciens éléments 2D qui ne pouvaient être introduits ici (enterrer ses vers, détruire le décor). Assez vite lassant en solo, le mode Live, bien que plus intéressant, souffre malheureusement d’une absence de joueur dramatique. Team 17 n’est plus très loin de réussir à transposer sa série vedette à la 3D. Espérons que les problèmes énumérés dans ce test seront réglés dans Worms Mayhem…
 
 
 
 

+ -
- L’ambiance déjantée
- Les nouveautés stratégiques
- Le gameplay peu évident
- Un joueur par jour sur le Live
- L’absence de vue d’ensemble permanente de la map.

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