Test de Sid Meier's Pirates
écrit par Demosthene
 
 
Pompier à 6 ans, éleveur de Pikachu à 8, concessionnaire Ferrari à 10, gagnant unique du loto à 12, acteur porno à 14 et enfin retraité à 34, on a tous rêvé à un métier magique, au cours de notre vie. Fantasmes purs rarement accomplis, ils sont très spécifiques à chacun d’entre nous (sauf à 6 et 14 ans). Et avouez que dans notre imaginaire collectif, le doux métier de pirate a toujours eu du succès. Voguer la mèche au vent, piller un village, sauter d’îles en îles en massacrant toute résistance, liberté et barbarisme, bref un mélange subtil d’activités champêtres fort amusantes. Le sieur Sid Meier avait bien compris le truc il y a plus de 20 ans en nous offrant le jeu référence de simulation de pirates que l’on retrouve donc aujourd’hui adapté avec plaisir sur Xbox. Est-ce pour autant réservé aux vieux croûtons de mon genre, qui ont passé trop d’heures sur le jeu original ? Pas si sûr...
 
 
 
 
Ou comment faire Nassau-Point à Pitre avec plaisir, sans compagnie lowcosts
 
Dans un style proche d’un vieux film sentimental que l’on use trop après une dépression, le jeu s’ouvre sur une cinématique censée vous insuffler motivation et hargne pour votre aventure. Il faudra bien sûr passer outre son coté ridicule, qui me fait penser que le scénariste à incriminer, a dû écrire ça d’un trait entre deux Kebab (soit 2min30 pour SnakeX). Non, l’intérêt est juste de vous notifier de la présence d’une quête principale dans un jeu où la liberté de mouvement et d’action reste essentielle, ce qui rend par définition cette quête accessoire (si vous relisez deux fois cette phrase, c’est normal). Pour faire simple, un grand méchant a brisé votre bonheur niais, éparpillé votre gentille famille, vous laissant errant et triste, comme une belle Xbox sans disque dur.

Cette vie qui vous menait à coup sûr vers un tube d’antidépresseur est donc heureusement finie et ce « drame » salvateur vous pousse vers la vie décriée, mais ô combien amusante, de Pirates! Corrigeons tout d’abord une légère approximation, puisque c’est en fait plus de corsaire dont il est question ici que de pirate. Vous allez donc d’abord choisir une des puissances européennes qui se dispute les Caraïbes, où se situe l’action. La France, l’Espagne, l’Angleterre ou la Hollande, chacun possède ses avantages et ses défauts, à vous de voir selon votre façon de jouer ou la date de départ de votre aventure (la répartition des forces diffère alors). L’Espagne étant par exemple très puissante et très implantée, c’est une source abondante de pillage (soit de revenu), et donc pas forcement le bon choix de départ. Car une fois le pays choisi, vous vous trouvez ainsi doté d’une lettre de commandement (différence entre un pirate et un corsaire) vous permettant d’attaquer les autres navires, du moment qu’ils sont sur la liste noire de votre barrique couronnée. Pour les plus anxieux, tout se petit monde se trahit à tout bout de champ pendant le jeu, donc pas de panique. Une fois ce choix effectué, le jeu est lancé.

Celui-ci est d’un principe relativement simple, les pirates les plus célèbres ayant rarement fait Math Sup Bio. Vous avez quelques dizaines d’années jusqu’à la retraite. D’ici là, il vous faut juste collecter un maximum d’argent, critère hautement reconnu à en terme de réussite à travers les âges. C’est simple. Simple mais efficace. Car l’intérêt de Pirates!, et de fait sa réussite, tient essentiellement à la diversité des moyens et la latitude d’action que vous aurez pour y parvenir. Car si le jeu n’est pas exempt de défauts, loin de là, il est terriblement accrocheur et addictif. Vous aurez toujours le sentiment de pouvoir faire ce que vous voulez, quand vous le voulez. Votre sœur pourrit dans un trou sur une île ? Qu’elle y reste, le galion espagnol plein d’or que j’ai repéré est beaucoup plus intéressant ! Des moines vous proposent d’escorter des colons ? Qu’ils partent devant, la fille du gouverneur n’attend que moi pour danser, surtout qu’il y a moyen de conclure.

Les sources d’argent sont nombreuses, il ne tient qu’à vous de choisir votre style. Les apprentis armateurs constitueront une flotte de haut tonnage (5 navires au maximum), achèteront ici pour revendre là bas et s’enrichiront dans l’ennui, il faut bien le dire. Les plus aventuriers préfèreront un navire nerveux, qu’ils auront équipé dans les chantiers (les boulets enchaînés sont mes favoris) pour pourchasser et piller les autres. Pour améliorer l’ordinaire, la recherche de trésors, le pillage de villes, l’élimination des Pirates concurrents, la capture d’escrocs et de nombreuses quêtes secondaires à base d’indices éparpillés sont bien là.
Puis régulièrement, comme tout Pirate honnête (j'ai l’impression d’écrire n’importe quoi des fois...), vous devrez partager votre butin avec votre équipage. J’ai été aussi très déçu de ne pas avoir l’option « Massacrer pour garder tout » mais c’est ainsi, le petit personnel a lui aussi droit à sa part. Votre part dépendra d’ailleurs du niveau de difficulté choisi. Vous pourrez augmenter le niveau à chaque partage, si vous aspirez à un plus gros pourcentage. Car une fois le partage effectué, vos marins s’en vont, vous laissant avec votre navire, vos titres, pas tout à fait à poil mais presque. Il ne vous reste alors plus qu’à recruter un nouvel équipage pour repartir de plus bel vers l’aventure, continuer vos quêtes et autres divertissements.
Cette base posée, le principe étant simple, le joueur méfiant (ceux que je préfère) ne sait a priori toujours pas ce qu’il va faire de sa manette dans ce jeu. Comme il est impatient (pas mes préférés), il croit que je vais oublier d’en parler alors c’est marqué juste en dessous, il suffit juste de lire de bas en haut pour le savoir déjà. Je disais donc, avant d’être interrompu par moi-même, que sur ce jeu construit simplement s’articule en totalité sur une succession de mini-jeux que vous passerez votre temps à enchaîner.

Ceux-ci sont diversement réussis. Les plus importants concernent les combats entre navires, bien sûr. De fait, lorsque vous naviguez sur la carte (si vous êtes contre le vent, prévoir de la caféine), vous pouvez engager le combat contre les navires que vous croisez. Une zone de combat s’ouvre alors, vous d’un coté, votre ou vos ennemis de l’autre. Car détail important, même si vous possédez une flotte, seul le navire de tête s’engage au combat ce qui n’est pas le cas de vos adversaires Prudence donc si vous attaquez un coffre flottant très escorté. Le combat entre navire est simple mais prenant. Il vous faudra jongler entre les différents type de boulets pour attaquer la coque de l’ennemi (ce qui diminue son nombre de canons), sa voile (un navire immobile est un navire coulé) ou ses hommes (si vous vous sentez de l’aborder), tout en jouant du vent pour rester au minimum exposé aux tirs adverses, bien calé dans son dos. Si vous souhaitez conserver votre proie, un abordage est à privilégier sur une destruction massive, pour préserver sa valeur. Celui-ci prend la forme d’un combat à l’épée contre le capitaine adverse pendant que vos équipages respectifs s’égorgent dans la bonne humeur. 3 attaques, 3 défenses, cela reste simple pour faire reculer l’adversaire jusqu’au bout de la planche. Notez que si vous abordez un navire surpeuplé, vous aurez une petite séance en Quick Time Event pour équilibrer les forces en présence. Car si vous ne pouvez vaincre le capitaine (certains sont coriaces) à temps, le combat s’arrête quand l’un des équipages est réduit à zéro (on comprend mieux l’intérêt du QTE).
Ces combats à l’épée se retrouvent aussi dans les tavernes, où montrer qui a la plus grosse au capitaine des gardes vous aidera à recruter plus d’hommes (et oui, les combats en mer, cela consomme en marins...), ou chez le gouverneur pour épater sa fille. Celle ci est d’ailleurs à l’origine d’un autre mini jeu, une épreuve de danse rythmée par un QTE en difficulté basse et des signes de la main de la donzelle en difficulté haute. La panoplie de mini jeux est complétée par des attaques de ville sur un pseudo mode stratégique relativement peu inspiré mais qui a le mérite d’être là et des intrusions furtives dans les ports qui vous accueillent à coup de canon. Ce dernier mode, même si on ne lui en demande pas beaucoup, est, il faut le dire, d’un ridicule extrême, n’hésitez donc pas à vous en passer (ou alors juste une fois pour rire, pas plus).

Alors vous allez me dire, le jeu est très prenant, vous faîtes ce que vous voulez quand vous le voulez, les mini-jeux proposent un gameplay varié, le tout constituant un mélange réussi. On a donc un hit ? Ben, pas vraiment en fait. Car si le jeu est très fidèle à son ancêtre et qu’il sera aussi à apprécier pour cela, les ficelles sont un peu grosses.

Tout d’abord, le fait est que le jeu est répétitif à souhait, ce qui exacerbe encore plus les défauts de certaines épreuves qui n’en méritaient pas tant pour cacher leurs limitations (le QTE n’est pas d’un intérêt surdimensionné non plus). Les quêtes seront ainsi pour la plupart identiques (reconstituer une carte pour trouver un trésor est un grand classique) ce qui vous en fera vous désintéresser rapidement. Les villes sont également aussi excitantes qu’une barre d’outils sous Excel. Leurs quelques spécificités (valeurs des marchandises, spécialité des chantier navals) sont en effet bien maigres pour ôter cette impression de se balader dans un menu Chantier/Taverne/Palais etc.. en ayant la certitude d’y retrouver la même chose que dans la dernière ville visitée, et c’est bien dommage. Enfin la difficulté est très mal dosée. Les premiers niveaux vous permettront d’aborder seuls des navires dix fois plus grand que vous avec un cure-dent. Puis tout d’un coup, les capitaines ennemis sont intouchables, les séances de danse infaisables (les seuls mouvements de main de la fille sont très peu lisibles) et les navires ennemis font mouche à 500m avec tous leurs boulets. Frustrant.
Du très bon et pas mal de défauts pour ce qui concerne le fond, espérons rattraper le tout avec le reste.
 
 
 
 
Un Live minimaliste mais finalement idéal
 
Question rattrapage, n’allons pas chercher du coté du seul mode multijoueurs du titre. Celui ci vous donne l’occasion de refaire les combats navals du jeu, à 4 sur le même écran. Ca à l’air un peu limité ? C’est normal ça l’est, on passera donc vite à autre chose en ne blâmant pas les développeurs de ne pas l’avoir porté sur Xbox Live. Les fonctions Live se limitent à un tableau des scores, et pour ce genre de jeu, c’est largement suffisant et au fond, bienvenu.
 
 
 
 
Le pont du navire pas si bien briqué que ça
 
Pirates! joue graphiquement la carte cartoon. On reste donc dans un univers réaliste mais rond et coloré plutôt bon enfant. Passé l’approbation de ce choix, on regrette tout de même le peu d’exploitation des possibilités de la Xbox. Certes, ce genre de jeu n’est pas attendu pour solliciter en premier lieu vos rétines mais il y a quand même une marge sur laquelle il est bienvenu de ne pas s’asseoir. Cependant le plus déconcertant reste la présence de discrets mais récurrents ralentissements pendant le jeu ! On a quand même une petite impression de bâclé sur ce point. Je sais, je suis ironique avec « petite », mais ce n’est pas moi qui ai commencé. Enfin comme pour le reste, cela reste très honnête mais des interférences ne peuvent s’empêcher de laisser un goût amer.
Et ce ne sont pas vos oreilles qui vont vous convaincre du contraire. Tout comme les graphismes, il faut remettre les choses à leur place et ne pas oublier que ceci reste un détail sur ce genre, au contraire de la majorité des productions habituelles sur notre génération de console. Mais si les musiques ne sont agaçantes qu’à la longue, il serait tout de même bon que les développeurs comprennent qu’assez peu de personnes parlent avec des grognements insipides que les Sim’s ont démocratisés. Ou plutôt si, il me semble avoir vu une photo sur le net d’un gars ayant avalé 3 rouleaux de PQ et bu une bière derrière. Lui doit parler ainsi. Vous et moi, j’ai un doute. Sérieusement, si des dialogues ont un coût que je n’ignore pas, ayez la bonté de croire qu’entendre à longueur de temps les mêmes grognements ou soupirs niais, renforce considérablement une impression de répétition qui n’en demandait pas tant ici...
 
 
 
 
Très fidèle à son prédécesseur, Pirates! fonctionne presque toujours aussi bien. Bien sûr, vous pesterez contre certains détails ou la répétition de phases pas tout à fait passionnantes. Mais la sauce prend tout de même avec brio et vous n’êtes pas prêts de lâcher la manette, avec cette impression d’avoir toujours mille choses à faire sans être obligé d’en faire aucune. Le titre ravira donc la vieille école qui retrouvera avec plaisir cette magie qui fait passer des nuits entières sur un jeu plein de défauts, mais les joueurs plus sceptiques qui iront à reculons ne pourront que constater ses évidentes limitations.
 
 
 
 

+ -
- Une liberté d’action totale
- Certaines filles de gouverneurs valent une danse
- On ne lâche plus la manette
- Ficelles du jeu bien trop simples
- Répétitif à souhait
- Difficulté dosée au lance roquette

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