Si je vous dis Sam et Max, Maniac Mansion, Monkey Island, Leisure Suit Larry ou encore Day of the Tentacle, ne sentez-vous pas poindre une larme de nostalgie ? Que de bons moments passés devant tous ces illustres représentants du jeu d’aventure. Seulement, depuis l’avènement de la 3D, la plupart des éditeurs ont banni cette catégorie de titres de leur ligne éditoriale. Même Lucas Arts a complètement délaissé le genre qui l’a pourtant fait entrer dans le cœur de nombreux joueurs. Voici qui est totalement incompréhensible quand on sait que ce type de jeux est l’un des plus fédérateur et universel qui existe. Prenez une personne totalement réfractaire à toute forme de vidéo ludisme, mettez-la devant un Monkey Island, allez faire un tour de périphérique aux heures de pointe (ce qui va vous prendre un bon moment), revenez et vous verrez qu’elle n’aura pas bougé de l’écran, se risquant même à vous faire la fameuse blague du singe à trois têtes.
Et bien amis joueurs, l’instant est aux réjouissances. D’une part car nous avons un nouveau pape qui est appelé à régner (araignée, quel drôle de nom, pourquoi pas coccinelle ou papillon… hum !), mais surtout parce que Microids sort, sur notre machine, un digne successeur aux titres précédemment cités : j’ai nommé Still Life.
«Vous aimez le foie avec les fèves au beurre Clarice ? Fffffff»
Une phrase célèbre et magnifiquement retranscrite par mes soins (surtout pour les fffffff, je vous l’accorde). Vous aurez donc compris que Still Life fait dans l’enquête policière, et plus précisément dans le Sewiol Killa. Comment ? Vous ne comprenez pas le dernier terme de ma phrase ? Serial Killer, ça vous va mieux ? Pour une fois que j’essaie de parler anglais avec un bon accent… Reprenons. Vous incarnerez l’inspecteur Victoria Mc Pherson, alors qu’elle enquête sur une série de cinq meurtres laissant penser qu’une seule et unique personne en est à l’origine. On pourrait en rester là et se dire que le scénario demeure relativement convenu. Ce serait pourtant faire fausse route. Tout d’abord, celui-ci est assez travaillé et très réaliste. Ensuite, et surtout, la narration utilisée vous tient en haleine du début à la fin du jeu. Ainsi, au cours de votre aventure, vous serez amené à lire le journal de votre grand père, détective privé, alors qu’il enquêtait à Prague sur une série de meurtres, dont la ressemblance avec l’affaire sur laquelle vous êtes est assez frappante. Vous alternerez donc des phases de jeu se déroulant dans un Chicago contemporain, et d’autres se situant dans le Prague des années 20. Deux histoires parallèles à vivre, très motivantes et surtout ménageant le suspens en vous faisant passer de l’une à l’autre quand vous êtes sur le point de découvrir quelque chose d’intéressant.
Si la plupart des jeux d’aventure que nous connaissons sont plutôt loufoques, il n’en est rien ici. Le petit logo «18 +» sur la jaquette n’est pas là pour faire joli, mais bel et bien pour mettre en garde contre le contenu du jeu. Ambiance étouffante, mise en scène des crimes glauque, lieux lugubres à foison, allusions sexuelles à peine dissimulées, dialogues dotés d’un langage imagé, humour noir, tout est fait pour vous mettre mal à l’aise. Et cela fonctionne très bien. Vous sentirez ainsi une réelle pression sur vos épaules, et à aucun moment, on ne se sent en sécurité. Bien sûr, il est impossible de mourir, mais même quand un décor paraît accueillant, les développeurs ont cru bon d’inclure une petite musique dérangeante et malsaine. Un excellent travail qui facilite d’autant plus l’immersion du joueur.
A côté de cela, le gameplay est relativement bien adapté à la manette. Ainsi, vous n’aurez pas de curseur pour déplacer votre personnage. Vous le contrôlez donc directement, et dès qu’une interaction est possible avec un décor ou un objet, une icône vous l’indique. Très simple, intuitif et bien fait, tout comme le menu vous permettant d’utiliser les objets. Malheureusement, l’impossibilité d’explorer le décor à sa guise nuit un peu à Still Life. D’abord car une grande partie de l’aspect recherche s’en trouve amoindrie, mais aussi parce que le jeu est extrêmement scripté. Ainsi, alors que vous êtes en mesure matérielle d’effectuer une action, vous ne pourrez pas la réaliser tant que vous n’aurez pas déclenché un événement précis auparavant. Et généralement, une énigme ne vous oblige pas à farfouiller partout, vu que l’objet nécessaire ou la solution se trouve souvent à côté de vous. Bref, tout le déroulement de l’aventure est très simple, ce qui n’empêche pas de passer un excellent moment en compagnie de Victoria.
On pardonnera beaucoup moins facilement le plus gros défaut du jeu : l’absence de logique décelable à certains endroits. Alors que vous vous serez habitué à tout avoir sous la main, ou que la solution d’une énigme vous aura été soufflée par un dialogue ou un élément du décor, le dernier tiers du jeu abandonne cela. Cette fois, les différents objets sont situés aux antipodes les uns des autres, et à aucun moment, on ne vous donne une information vous permettant de deviner où peut se trouver cet élément. Le plus rageant dans l’histoire étant que vous avez déjà visité ce tableau mais que l’ustensile qui vous était nécessaire n’était pas disponible à ce moment là car vous n’aviez pas déclenché le script adéquat. Vous serez donc contraints de faire des allez-retours qui n’ont pour seul et unique but que de rallonger artificiellement la durée de vie du jeu. Plus grave, certaines énigmes ne disposent tout bonnement pas d’indices. Vous vous retrouvez donc coincés devant elles sans pouvoir avancer dans votre enquête. Ainsi, vous aurez tout loisir de vous énerver devant la recette de cuisine à réaliser ou devant le crochetage de serrure. Et croyez-moi, en vieux briscard du jeu d’aventure, j’ai passé des heures à essayer de les résoudre, mais rien n’y a fait. Vous devrez donc ravaler votre fierté et consulter la solution.
Pas de panique cependant, puisque les développeurs ont pensé à vous en rendant le jeu Live Aware. Cela signifie que vous pourrez voir ce à quoi jouent vos amis sur le Live. Rien ne vous empêche de les rejoindre quand, passablement frustré par une énigme, vous voudrez passer vos nerfs sur quelqu’un.
«Vous portez une crème de jour à la camomille, agent Starling »
Microids nous avait déjà fait forte impression avec les épisodes de Syberia précédemment sortis. Still Life confirme ce bon sentiment. La réalisation mêle plus ou moins habilement 2D et 3D. Les décors sont donc entièrement en deux dimensions, ce qui permet une finesse graphique difficile à atteindre autrement. C’est bien simple, les décors de Prague sont proches du photo réalisme. Et en même temps, ils ne vous donneront pas envie d’aller visiter la ville tant elle paraît lugubre et se trouve parcourue d’un brouillard volumétrique du plus bel effet. Concernant Chicago, les différents environnements sont un peu moins réussis. Ils oscillent néanmoins entre le bon et l’excellent mais demeurent toujours inquiétants. A titre d’exemple, le premier lieu de crime que vous explorerez est tout bonnement exceptionnel de réalisme et terriblement glauque. Bref, un travail vraiment réussi. On sera un peu moins catégorique concernant les personnages. Ceux-ci sont réalisés en 3D, mais n’ont clairement pas bénéficié de la même attention. Ils sont donc taillés à la hache, disposent de textures assez simples et d’une animation discutable. Cependant, leur intégration dans les décors est excellente grâce à une gestion de la lumière et des ombres en temps réel. Les cinématiques sont elles aussi assez simplistes. Néanmoins, leur mise en scène est efficace, inspirée, reprenant ça et là des éléments aux meilleurs thrillers et notamment à Seven.
En revanche, Still Life réalise un sans faute concernant son traitement sonore. Le doublage, réalisé par des voix que l’on croise souvent dans les films et les séries est quasi parfait. D’autant plus que l’écriture des dialogues est très soignée et colle parfaitement au jeu, à grand renfort de vulgarité et d’humour noir. Ajoutons à cela que les musiques vous accompagnant tout au long de l’aventure savent se faire discrètes, pour mieux vous faire sursauter au gré d’une cinématique ou d’une action. Voici qui, en plus des graphismes réussis, contribue à donner une réelle ambiance au jeu.
Les adaptations de jeux d’aventure sur console n’ont jamais brillé par leur rapidité de chargement. Still Life subit donc un loading à chaque écran, malgré la présence d'un disque dur sur notre machine qui devrait, en théorie, permettre de pallier à ce problème. Il n'en reste pas moins que ceux-ci ne durent même pas une seconde, ce qui reste acceptable et peu énervant en définitive.
La réalisation s’avère donc être d’excellente facture et nous fait irrémédiablement pénétrer dans l’univers singulier de Victoria Mc Pherson.
Still Life, c’est un scénario prenant, une ambiance glauque très travaillée, une mise en scène soignée. Hormis sa linéarité et ses quelques énigmes sans explications, ce digne représentant des jeux d’aventure n’a pas de défauts majeurs. Entre 10 et 20 heures de bonheur pour moins de 40 euros et assurément mon gros coup de cœur de ce début d’année. Un achat impératif pour tout amateur d’aventure et d’enquête policière.
+
-
- Le scénario
- L’ambiance
- La réalisation
- Le prix
- Trop scripté
- Quelques énigmes sans queue ni tête