Test de Alan Wake
écrit par Chevalier Bayard
 
 
Alan Wake était l'un des titres les plus attendus de ce début d'année où il devait enfin quitter les I Am Alive et autres Duke Nukem Forever du club des vaporwares pour débarquer sur nos consoles. Il faut dire que durant les 5 ans de développement même les fans les plus hardcore du studio Remedy avaient fini par douter !
 
 
 
 
Ce sont les mystères sans réponse qui nous marquent le plus
 
Dans les dernières semaines d'attentes l'impatience des fans a atteint son paroxysme avec une campagne marketing rondement menée et en particulier la série Bright Falls diffusée sur le Xbox LIVE et Internet. Je ne vais pas faire ici une critique de la série que je vous invite fortement à regarder en complément du jeu. Je souligne juste qu'elle s'inscrit dans une filiation directe avec la série Twin Peaks de David Lynch, l'un de maîtres en la manière de tout dire et rien dire en même temps ; d'imbriquer rêve et réalité, le tout avec un soupçon de métaphores et de fantasmagories afin de nous délivrer des œuvres aussi belles et prenantes que torturées et incompréhensibles.

Alan Wake annonce d'ailleurs la couleur dès l'ouverture avec cette citation de Stephen King: "ce sont les mystères sans réponse qui nous marquent le plus". Non! Non! Ne fuyez pas déjà !! Le jeu commence à peine !

Les mystères sont une chose, savoir les présenter en est une autre. Par exemple dans un roman, l'auteur se doit de laisser apparaître dans son récit de nombreuses théories qui, au fil de sa lecture vont stimuler l'intellect du lecteur afin de le scotcher à l'histoire et éviter l'ennui du lecteur ou la fermeture exaspérée et définitive du livre. Un subtil dosage que peu maitrisent et en plaçant la barre aussi haut, Alan Wake allait être attendu au tournant.

Disons le tout de go ! Alan Wake s'en tire haut la main ! Le scénario que je ne dévoilerai guère ici pour vous en préserver la découverte, est extrêmement bien ficelé et le story-telling très bien rythmé sur la durée du jeu, soit une douzaine d'heures environ pour la première passe. Merci également aux concepteurs qui ont eu la bonne idée de découper l'aventure en épisodes ! Si d'une part cela concourt à l'ambiance ("Previously on Alan Wake"), cela permet également au joueur de faire une pause salutaire. Bon ok, j'ai enchainé tout le jeu en un week-end... et alors ?
 
 
 
 
Atmosphère ? Atmosphère ?
 
La première impression alors que je commençais le jeu peut se résumer à un recherché "Wouaaaah !! C'est beau !!". Les décors sont en effet tout simplement magnifiques. Cette impression ne fera que se confirmer alors que je progresserai dans l'aventure, et m'éloignerai à de nombreuses reprises des pistes balisées pour explorer les environs. Explorations d'ailleurs récompensées par la découverte de bonus ou de diverses planques indiquées par des bienfaiteurs manifestement initiés au sombre secret de Bright Falls, mais aussi bien souvent sanctionnées par quelques rencontres indésirables qui sauront vous faire consommer les quelques balles trouvées, ou encore beaucoup plus bêtement par une chute fatale. Pas de murs invisibles en effet dans Alan Wake, chose que j'applaudis des deux mains. Si le décor n'est que modérément ouvert à certains moments, Alan n'est arrêté dans ses pérégrinations que par des éléments naturels et s'approcher trop près d'une falaise n'est pas sans risque. Il en va de même pour les points lumineux; seuls véritables havres de paix au milieu des ténèbres dont vous renâclerez de plus en plus à vous éloigner alors que vous progresserez dans l'aventure. Heureusement on les voit de loin et, c'était un minimum vu l'histoire, les effets lumineux sont particulièrement biens réalisés.

A l'opposé l'animation des personnages date, elle, sérieusement et nous rappelle les 5 ans de développement derrière ce titre. Remedy a cependant promis d'améliorer ce point dès le premier DLC, The Signal, déjà paru. Puis je parle ici des personnages "normaux" puisqu'Alan se retrouve rapidement confronté à des "possédés" dont le rendu est lui très sympa. D'eux s'échappent une ombre noire (de l'encre ?) maléfique du meilleur effet. Leur arrivée est souvent annoncée par un resserrement du plan de la caméra alors que l'image s'assombrit et que la brume alentour se retrouve cisaillée par un vent tournoyant autour du héros. J'ai été très étonné de ne jamais voir figurer les Evil Dead de Sam Raimi parmi les références du jeu. J'y ai tout de suite pensé ! D'autant plus que plutôt que de se jeter sur vous en surgissant de nulle part, les possédés préféreront bien souvent vous attendre au loin, ombres biens visibles et adeptes de poses iconiques. Ils ne scandent certes pas le célèbre "Je te dévorerai le cœurrrr ! " mais tiennent des discours sans queue ni tête issus des rémanences de leurs existences passées qui sont tout aussi efficaces. Si la musique n'est pas spécialement remarquable, l'ambiance sonore est excellente. Du pur bonheur qui a mon sens rend un peu inutile le système de ralenti dans les combats qui bien qu'il soit esthétique fait paradoxalement souvent perdre le fil de l'action.
 
 
 
 
Alan Wake est définitivement l'un des titres les plus immersifs et prenant du moment. Si le jeu se réfère fièrement à l'œuvre de Stephen King, il y a comme nous l'avons à peine abordé de nombreuses autres influences, de David Lynch donc à Lovecraft, en passant même par Tolkien et l'œil de Sauron !! En s'appuyant aussi bien sur les maîtres de l'horreur que sur la culture geek en générale, Alan Wake apporte des moments d'épouvantes certes mais aussi quelques moments épiques et Rock n'Roll dont vous vous souviendrez longtemps !!
 
 
 
 

+ -
- La mise en scène impeccable
- L'immersion garantie (scénario, décors, effets visuels et sonores)
- Le gameplay intuitif
- Pas de "murs invisibles"
- L'animation des personnages fait tâche au milieu de tout ça (rappel: doit être corrigé a priori avec le premier DLC)
- La musique sans réelle personnalité

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