25 décembre 1991. Mes parents m’offraient ma première console de salon, une NES. Le premier jeu que j’achetais le lendemain s’appelait Ninja Gaiden d’une petite société du nom de Tecmo. Pour l’époque, ce jeu était magnifique et chaque niveau était introduit par des cinématiques fixes très détaillées pour la 8 bit de Nintendo. La difficulté du jeu était énorme, tant et si bien que je n’ai réussi à finir le jeu qu’une seule et unique fois. Bref, un jeu mythique pour moi.
Mai 2004. Tecmo et son Ninja Gaiden reviennent en Europe. Les premières photos du jeu publiées dans la presse laissaient augurer une réalisation sans faille. La démo parue aux Etats Unis, quant à elle, dévoilait un système de jeu abouti et un intérêt qui semblait assez grand. Maintenant que la version commerciale est parue, qu’en est-il ? Grandeur ou décadence du mythe ?
Attention le monstre, ça va trancher...
Fraîchement revenu dans son village natal après avoir massacré nombre d’hommes bodybuildés et de bimbos aux implants mammaires surdimensionnés dans Dead or Alive 3, Ryu Hayabusa compte bien se reposer. Malheureusement pour lui, l’empereur démoniaque de Vigoor avait choisi de longue date la période de vacance de notre ami pour massacrer tout le clan Hayabusa et s’emparer de la légendaire épée du dragon noir. Devant les corps sans vie de ceux qu’il a aimé, notre ninja guedin ( ah ah ah, que je suis drôle… Hum) jure la perte de ce souverain gâcheur de congés.
On remarque donc immédiatement la profondeur du scénario du jeu et toutes les grandes questions philosophiques que celui-ci ne manquera pas de soulever… Cette incroyable histoire, débordante d’originalité, est traduite à l’écran par des scènes cinématiques nombreuses dont la qualité est inversement proportionnelle à la richesse du récit.
Le jeu ne se déroule pas à une époque précise. Aussi celui-ci multiplie les anachronismes. D’une ambiance « Japon médiéval » au début du jeu, on passe vite à une ambiance futuriste où l’on croise des ennemis possédant des épées à plasma, des fusils d’assault ou utilisant des tanks et des hélicoptères. Et vers la fin, on tombe dans un univers « horrifico-médiéval ». Mais cela est introduit avec subtilité et ne choque jamais. Bref, le monde dans lequel on évolue garde toute sa cohérence.
Autant l’avouer, j’étais assez sceptique quant à l’intérêt du jeu. Car combattre des ennemis à longueur de niveaux me paraissait rébarbatif. Fort heureusement, il n’en est rien. Tout d’abord, le titre n’est pas qu’un simple Beat’em all. Celui-ci comprend aussi une partie aventure assez développée. Ainsi, des énigmes sont présentes. Bien que très basiques, celles-ci vous obligent à explorer le niveau de fond en comble afin de trouver l’objet adéquat ou le code requis. Tecmo a aussi ajouté une quête annexe très prenante consistant à rechercher des scarabées d’or disséminés au gré des niveaux. Présents au nombre de 50, leur obtention vous permettra d’acquérir, tous les 10 insectes trouvés, des bonus intéressants ( bracelets de pouvoir, armes, items augmentant les capacités du héros et le premier Ninja Gaiden). Le jeu ne consiste donc pas seulement à avancer et à tuer tout ce qui bouge. Une autre grande réussite vient du fait qu’aucun niveau n’est ennuyeux. Sur les 16 présents dans le jeu, le plaisir et la découverte sont toujours de mise.
Généralement, les jeux d’actions pêchent par le faible nombre de coups disponibles pour le personnage que vous contrôlez. Ninja Gaiden reprend à son compte l’adage « abondance de coups ne nuit pas ». Les techniques utilisables dépendent de l’arme de poing que vous détenez et de son niveau d’amélioration. 5 armes peuvent être trouvées ( 2 katanas, un nunchaku, un fléau, un marteau de guerre et une épée gigantesque dans le genre de celle de Gutts de Berserk), ainsi qu’un pistolet harpon pour les niveaux aquatiques. Lorsque vous aurez upgradé celles-ci au maximum, vous pourrez compter sur une bonne vingtaine de mouvements différents par arme. En avançant dans le jeu, vous disposerez de techniques magiques. 4 sont disponibles. 2 d’entre elles sont basée sur le feu, une sur l’élément vent/glace, et une dernière sur l’électricité. Chacune d’elle ( hormis le cercle de boule de feu) est améliorable. Leur emploi est à réserver pour les phases de jeu où vous ne pouvez faire face au nombre d’adversaires qui vous attaque ou pour les boss. Enfin, vous pourrez aussi utiliser des armes de lancer ( des shurikens, un shuriken moulin à vent, un arc avec flèches normales, explosives et antichar). Bref, vous aurez le choix pour exterminer vos ennemis.
Vous n’ignorez pas que l’Europe est un continent où la barbarie n’existe pas (il suffit de voir les affaires de meurtres d’enfants). Aussi, pour ne pas nous encourager dans la voie de ces dépravés de japonais et d’américains, le jeu a été censuré. Vous ne pourrez donc pas décapiter vos adversaires humains. Et il est vrai que la France n’a jamais décapité personne ( n’est-ce pas Monsieur Guillotin)…
On ne peux que le déplorer. Mais bon, cela n’enlève rien au plaisir de jeu. Et si vos ennemis ne perdent pas la tête en vous rencontrant, ils verserons des centaines de litres de sang bien rouge. Cela n’a vraisemblablement pas été enlevé pour inciter les joueurs à aller donner leur sang par la suite…
Sans doute avez-vous lu de nombreux articles relatant l’extrême difficulté du jeu. Et bien, ce n’est pas tout à fait le cas. Certes, le jeu n’est pas facile, mais pour un joueur normal, finir le jeu ne devrait pas se faire dans l’énervement et le cassage de manettes, à condition de respecter les quelques règles suivantes :
-La voie du ninja tu apprendras.
Ne soyez pas impatient d’en découdre. Entrainez-à maîtriser les coups de bases. Sautez sur les murs pour retomber sur les ennemis. Travaillez vos enchainements. Le 1er niveau est excellent pour cela.
-Connaître tes ennemis tu dois.
Chaque ennemi ayant des tactiques différentes, observez les pour mieux les contrer.
-Ne pas t’inquiéter des potions il faut.
N’économisez surtout pas celles-ci, en particulier pour les premiers niveaux, qui sont aussi les plus durs du jeu. Notamment pour le 1er boss qui est l’un, voir le plus difficile à passer. Vous pourrez toujours en recheter ultérieurement chez Muramasa, marchand, forgeron et grand amateur de scarabées d’or.
Si vous respectez ces quelques conseils, le jeu devrait se révéler agréable. Appréhendez donc votre ninja sur le bout des doigts dès le début si vous souhaitez que le jeu demeure une partie de plaisir. Et surtout regardez bien les coups disponibles pour chaque arme. En améliorant votre katana, vous obtiendrez une technique forte utile pour éradiquer la plupart des ennemis et boss du jeu.
La durée de vie est, quant à elle, excellente. Il faut compter entre 15 et 20 heures de jeu pour le terminer la première fois. Cela est bien plus important que pour bon nombre de titres se classant dans la même catégorie. Les nombreux bonus disponibles (nouveaux costumes, nouvelles armes, les 3 premiers Ninja Gaiden, le mode cinéma, etc…) en finissant le jeu vous encourage à le recommencer. Et vous constaterez alors que le jeu n’est vraiment pas difficile.
Seule ombre au tableau : le respawn des ennemis. Plaçons nous dans le contexte.Vous anéantissez tous les ennemis d’une pièce, vous en sortez. Plus tard, vous y repassez et ô joie, ceux-ci réapparaissent. Alors quand ce sont des ennemis de base, cela n’a pas trop de conséquences, par contre, quand on a une horde de ninja noirs qui réapparaît, l’énervement arrive vite. Maintenant, il faut bien voir que cela n’est gênant que lors de la première partie. Car en refaisant le jeu plusieurs fois, on prend cela avec le sourire. Cependant, nul doute que vous maudirez les développeurs pour ce petit caprice tant que vous ne maîtriserez pas l’art du ninjutsu sur le bout de la mannette.
Ajoutons à ce tableau idyllique un mode live qui comporte un mode « tournoi des maîtres ». Dans celui-ci vous devez finir le jeu pour vous classer sur le live. Les meilleurs joueurs accèdent à la deuxième phase de cette compétition. Malheureusement, les inscriptions à ce tournoi sont closes. Dommage pour les retardataires. Par contre, un premier contenu téléchargeable devrait être prochainement disponible ( dans le courant du mois de juillet). Je ne peux que vous renvoyer à la news parue sur cet excellent site pour en connaître le contenu.
Bref le jeu est particulièrement profond et intéressant à jouer. Les difficultés que l’on peut rencontrer ne sont jamais frustrantes et c’est avec plaisir que l’on recommence plusieurs fois le même passage. Bref, un bon vieux beat’em all à l’ancienne.
La team Ninja, une équipe de développeurs ayant du goût…
Graphiquement, le jeu est beau. Très beau même. Les scènes cinématiques en images de synthèses sont magnifiques. Entièrement réalisés en 3D temps réel, les décors sont extrêmement détaillés et utilisent des textures assez fines. L’univers de chaque niveau possède une réelle cohérence. A aucun moment on ne trouve un passage de mauvais goût tant au niveau de l’architecture que des couleurs utilisées. Le rendu de l’eau est assez impressionnant. Bref, c’est du grand art. Mais, car il y a toujours un « mais » avec Prune, quelques défauts graphiques subsistent. Alors, je sais que je cherche la petite bête, et je m’attends à me prendre plein de remarques désobligeantes, mais peu importe, la vérité doit éclater au grand jour.
Premier défaut, le jeu est aliasé par endroit. Cela est particulièrement flagrant sur certaines scènes cinématiques en 3D temps réel et dans certains décors. Ajoutons à cela un scintillement que ne renierai pas cette merveilleuse console qu’est la PS2 (ironie). Alors tout cela reste relativement rare, mais l’œil exercé remarquera ces quelques insuffisances techniques.
Autre point faible, l’ombre de Ryu . Celle-ci ne varie pas en fonction des sources de lumières présentes dans l’endroit où vous êtes. On peut aussi dénoter quelques enchevêtrements de polygones sur certains niveaux ou personnages ( observez bien l’entrée du boss du 3ème niveau). Cependant, il ne s’agit là que de détails qui ne sont pas présents tout au long du jeu. Celui-ci est donc magnifique, et si tous les autres titres avaient ce même niveau de réalisation graphique, ce serait le paradis vidéoludique.
Le design est lui aussi excellent. Les boss sont magnifiques et gigantesques. Vos différents ennemi (mention spéciale aux militaires des niveaux 8 et 9 directement inspirés du film Jin Roh) sont suffisamment bien représentés pour vous donner envie de les anéantir. Ryu est très détaillé et l’on peut apercevoir sur sa tenue les armes que vous avez choisi d’utiliser.
L’intelligence artificielle est d’un niveau tout à fait honorable pour un beat’em all. Vos ennemis n’attendent donc pas d’être découpés. Ils esquivent, utilisent toutes leurs armes pour vous combattre. Les boss sont cependant moins bien lotis, leur comportement étant assez prévisible.
Le jeu est une réussite au niveau de l’animation. Ryu, comme tous les adversaires qu’il rencontrera, se meut avec grâce et aisance. Les poses qu’il adopte reprennent les meilleurs mouvements des films asiatiques. De plus, le jeu ne ralentit jamais malgré le nombre d’ennemis présents à l’écran. Des désagréments peuvent cependant survenir si vous jouez en pal 50 hertz. Il est donc conseillé, si votre télé vous le permet, de lancer le jeu en pal 60 hertz.
Chaque attaque que vous réalisez s’accompagne d’effets spéciaux réussis tel un effet de blur pour un simple coup d’épée et un dédoublement du héros lors de certains coups spéciaux. Ajoutons à cela des magies magnifiques quand vous les avez amélioré eu maximum et nous avons le plus beau titre d’action toutes consoles confondues.
Vos petites oreilles n’ont pas été oubliées par la Team Ninja. Ryu exécute ses ennemis à grands renforts de cris typiquement japonais. Les ennemis poussent des râles à chaque fois qu’il goûte l’arme de notre héros. Globalement, les bruitages retranscrivent bien le côté gore du jeu. Autre point de satisfaction, les musiques. Elles ne sont certes pas inoubliables, mais semblent toutes droit sorties de nos vieux jeux d’arcade d’antan (surtout lors des affrontements contre les boss). Du coup, on se surprend à les fredonner.
Ajoutons à cela la possibilité de choisir entre les dialogues japonais et américains, avec ou sans sous-titres, et nous avons un jeu soigné sur le plan sonore.
La prise en main demande un petit temps d’adaptation tant les possibilités offertes sont énormes. Cependant, le début du 1er niveau du jeu comporte un petit didacticiel qui vous permettra d’appréhender la course horizontale et verticale sur les murs, les sauts, les attaques etc... Certains coups ne vous seront pas expliqués ( par exemple la course sur l’eau), aussi il est conseillé de vous plonger, une fois n’est pas coutume, dans le manuel du jeu.
Si vous êtes un joueur lambda, comme moi, disons qu’une petite heure de pratique vous sera nécessaire pour devenir un ninja accompli. Dans son ensemble, la jouabilité demeure donc excellente.
Le plus gros défaut du jeu est la gestion des caméras. Dans certaines salles, celle-ci a tendance à nuire à votre vision. Et je ne parle même pas de la gêne occasionnée pour les quelques phases de plate-forme. Il est cependant possible de la recadrer manuellement. Cela est effectivement bienvenu pour les sauts, mais quand vous combattez, ce n’est pas forcément évident à faire. Il faut juste prendre l’habitude de constamment la replacer.
Devant l’intérêt du titre et la jouissance qu’il procure, on lui pardonne volontiers ses quelques défauts de jeunesse. Et ne perdons pas de vue que celui-ci est sublime et constitue un must de ce qui se fait à l’heure actuelle sur notre console.
Ninja Gaiden est donc bien le jeu d’action du moment sur Xbox. La Team Ninja a placé la barre très haut, peut être même trop haut pour les autres équipes de développement, et montre, après Dead Or Alive 3, son soutien indéfectible à Microsoft. L’été n’étant pas propice à la sortie de titres intéressants, ruez vous sur ce jeu magnifique, prenant et à la durée de vie conséquente. Vous ne le regretterez pas. Et lorsque l’on sait que des rumeurs insistantes font état d’une suite, on ne peut que piaffer d’impatience.
Je retourne de ce pas perfectionner « my way of the ninja » auprès de mon maître Ero Senin…
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- la réalisation
- le nombre de coups présents
- la durée de vie
- les bonus intéressants