Red Dead Redemption 2 (Xbox One)

par Lestat
Une nouvelle année commence tandis que la précédente s’est achevée sans que nous fassions connaître notre avis sur le très attendu Red Dead Redemtpion 2. N’y voyez là aucune volonté de ne pas prendre parti ou, pire, aucune paresse. Simplement, nous avons souhaité parcourir le grand ouest en long, en large, mais surement pas de travers, afin de vous livrer à froid un avis définitif. Après plus de 80 heures passées à faire parler la poudre dans les bottes d’Arthur Morgan, place à notre verdict.
Band of brothers
L’histoire de Red Dead Redemption 2 débute en 1899. Les puristes noteront d’emblée que cette date se situe 12 années avant le premier épisode. En cela, RDR 2 est bien une préquelle qui va narrer les aventures de la bande du redoutable Dutch van der Linde dont notre héros, Arthur Morgan, est le bras droit. L’occasion de retrouver des personnages du premier opus dans une version forcément plus jeune et surtout l'opportunité pour Rockstar d’éclaircir les mystères qui entouraient jusque là la mission de John Marston. Le pitch est assez classique pour un western : après un gros coup qui a tourné au fiasco dans la ville de Blackwater, Dutch, Arthur et toute la bande sont pourchassés par des chasseurs de primes engagés par la banque braquée et des hommes de loi. Ce point de départ, dans le Grand Nord sublimement représenté, va être l’occasion de présenter les différents protagonistes, mais aussi de mettre en place la rivalité entre la bande de Dutch et celle dirigée par Colm O’driscoll. Importante, la relation conflictuelle et haineuse entre les deux leaders servira de fil rouge tout au long de la soixantaine d’heures qu’il vous faudra pour compléter la trame principale. Car oui, RDR 2 est généreux en termes de contenu et l’histoire nécessitera un grand investissement pour être complétée à 100 %. Cette longueur explique cependant que les missions soient aussi inégales : on passe ainsi de vrais moments d’anthologie (l’attaque du train, les différents braquages, l’attaque du manoir façon Django Unchained…) à des missions insipides qui consistent à suivre un PNJ pendant parfois 15 minutes sans qu’il se passe quoi que ce soit avant une fusillade qui clôturera la quête. C’est sans doute le prix à payer pour permettre le développement d’autant de personnages, d’autant d’histoires annexes et de faire voyager dans autant de régions (et plus encore). Nous aurions cependant aimé peut-être un peu moins de quantité et un peu plus de qualité répartie de façon égale vu que pour passer d’une mission à une autre, la méthode est toujours la même que celle déployée depuis GTA 3 : on remplit un objectif, cela ouvre deux ou trois autres missions qu’il faut compléter pour que la vraie trame principale puisse être continuée. Cela n’enlève cependant rien du tout à la qualité scénaristique générale qui reprend tous les codes connus du genre pour les sublimer dans une magnifique histoire mêlant amitié, doute, trahison, femmes et pognon. C’est simple, après Hostile et la série Godless disponible sur Netflix (et qu’il faut absolument regarder), c’est le meilleur western que nous avons pu voir depuis bien longtemps. L’écriture est savoureuse, drôle et émouvante et les dialoguistes se sont vraiment lâchés : chaque personnage dispose d’une véritable personnalité et il sera même parfois possible d’effectuer des choix à certains moments de l’aventure pour modifier (à la marge) le déroulement des évènements. A ce titre, le personnage d’Arthur Morgan nous a bien plus marqués que celui de John Marston : honnête, franc, loyal tout en étant terriblement dangereux, Arthur est le héros qu’on adore détester ou le méchant qu’on déteste adorer. Une vraie réussite pour un cowboy qui dispose de ses forces, de ses failles et qui restera dans nos mémoires tout autant, si ce n’est plus que son compère Marston.



Pour les chasseurs de 1000 G, sachez que l’investissement n’en sera que décuplé puisque chaque mission dispose d’un certain nombre de tâches à remplir pour obtenir des médailles (or, argent et bronze) nécessaires à l’obtention du 100%. En plus bien entendu de tout un tas d’autres objectifs à remplir. La quête du saint Graal vous prendra donc quelques centaines d’heures avec en plus quelques succès à réaliser online.

Techniquement, le jeu envoie du très très lourd avec une modélisation des personnages de toute beauté et une leçon d’open world : les paysages et étendues sont vastes, représentant parfaitement la diversité et l’immensité de l’Ouest américain. Les éclairages subliment ainsi des décors dans lesquels il est plus qu’agréable de se perdre et chaque effet météorologique déclenche une réaction de contentement et de ravissement que seuls les gamers peuvent comprendre et apprécier. Bien évidemment en 4K HDR c’est l’orgie visuelle qui pourrait déclencher, chez les plus sensibles de nos joueurs masculins, une manifestation physique incontrôlée tant le titre est beau. La diversité et le niveau de détails forcent le respect, y compris en ville. Il suffit de pénétrer dans Saint-Denis pour s’en rendre compte. L’usage de la caméra en mode cinématographique permettra de profiter pleinement de tout cela, mais ne sera clairement pas pratique pour jouer. Contempler ou avancer, il faudra faire un choix.

En revanche, si les performances sont au rendez-vous avec un framerate constant, le titre n’est pas exempt de bugs inhérents aux mondes ouverts : collisions foirées, objets flottants, PNJ qui disparaissent ou qui restent coincés obligeant parfois à relancer la dernière sauvegarde. On sait que Rockstar améliorera l’expérience à chaque patch et globalement, ces bugs ne sont pas ce qui pourrait gâcher le plus l’expérience de jeu.

Enfin, la bande son est particulièrement soignée : tant les musiques que les doublages (english only) permettent une immersion totale. Les acteurs sont diablement crédibles et les compositions, tantôt discrètes, tantôt marquées par de belles envolées, envoient clairement du lourd. Les habitués des productions Rockstar ne râleront pas, mais sachez que le jeu forcera à lire des sous-titres constamment, aucune localisation en français des voix n'étant prévue.
Voyage, Voyage
Car une fois que l’on a loué le titre pour ses nombreuses qualités scénaristiques et graphiques, que nous reste-t-il à mettre en avant ? C’est là que notre avis a commencé à diverger. Il suffit d’ailleurs de lire le palmarès 2018 de la rédaction pour s’apercevoir que RDR 2 recueille un avis différent par les personnes qui en parlent. Votre serviteur sera clairement mitigé pour une simple et bonne raison : Rockstar a dû claquer tout le budget consacré au développement du titre et ne plus rien avoir pour payer des game designers qui se respectent. De mémoire de joueur, j’ai rarement vu un titre aussi poussif de ce côté. Commençons ne serait-ce que par l’attribution des touches : prendre un objet au sol nécessite d’appuyer sur une touche différente de celle qu’il faut presser pour prendre un objet dans un tiroir. Tiroir qu’il aura fallu au préalable ouvrir avec un autre bouton de la manette. Le joueur se retrouve ainsi à devoir mémoriser une multitude de commandes pour effectuer des actions en apparence similaires. Cette mauvaise expérience se poursuit avec la gestion de l’inventaire qui est à la fois complexe et frôle sans doute le non-sens : une gâchette enfoncée laisse apparaître la roue d’inventaire et ensuite il faut presser les autres gâchettes pour naviguer entre les différentes rubriques tout en maniant le stick pour sélectionner le bon item. Bien entendu, cette manière de naviguer va varier une fois sur la selle de son cheval qui dispose elle aussi de son propre inventaire et de son propre mode de gestion. Vite ennuyante, cette lourdeur va atteindre son paroxysme lorsque dans le feu de l’action, on ira ramasser son chapeau ou on sautera sur une table au lieu de récupérer l’arme au sol qui aurait pu nous sauver la vie. Il y a là un vrai gros loupé que ne pardonneront pas les joueurs les plus exigeants. C’est peut-être d’ailleurs l’un des seuls jeux dans lesquels j’ai besoin d’un temps d’adaptation avant de me remettre à jouer, et cela malgré mes longues heures déjà au compteur.



Le gameplay moisi est également de mise dans les différents déplacements : si le personnage principal réagit plutôt correctement malgré une inertie assez problématique, à cheval ou en carriole c’est juste parfois l’enfer. Tourner précisément relève du miracle et il n’est pas rare de se retrouver éjecté de sa monture à cause d’un obstacle impossible à éviter, voire de rater une mission parce que le chariot qu’on dirige s’est renversé suite à un virage manqué. Enfin, et pour en finir avec les errances des développeurs, j’aurais aimé pendre à plusieurs reprises le type qui a eu l’idée de limiter les voyages rapides à un départ depuis le camp de la bande. Cela d’autant plus que les voyages en diligences sont impossibles dans toutes les zones où votre tête sera mise à prix, c’est-à-dire dans environ 90% des lieux si vous jouez convenablement. Il faudra donc payer la prime sur sa tête pour éviter les nombreux allers-retours imposés par l’aventure.

Au final, seule la partie gunfight proprement dite tire son épingle du jeu avec de vraies belles fusillades, de celles que l’on s’attend à trouver dans un western. Les erreurs dues aux mauvaises touches exceptées, c’est un plaisir de flinguer à tout va en se planquant derrière un rocher ou d’utiliser le mode sang froid pour cibler les différents adversaires et les éliminer. Le titre fait d’ailleurs la part belle aux gerbes de sang, aux démembrements et aux impacts de balles bien maîtrisés. Il offre aussi la possibilité de s’équiper d’un arsenal varié qu’il faudra entretenir au risque de le voir devenir inefficace.
Chasse, pêche et traditions
Passé ce paragraphe peu flatteur sur le gameplay, RDR 2 propose une expérience de jeu assez unique à condition d’aimer les « à-côtés ». En effet, Rockstar a investi dans tout ce qu’il sait faire depuis de nombreuses années. Le titre regorge ainsi d’activités annexes totalement facultatives (pour qui ne chasse par les 1000G), mais ô combien chronophages : entre les jeux divers (cartes, dés notamment), les braquages, la chasse aux animaux, mais également aux bêtes légendaires, le commerce de peaux la pêche et j’en passe, il est difficile de s’ennuyer. Cela d’autant plus que chaque activité nécessite de la préparation : chasser une bête, surtout une d’anthologie, demande à disposer du bon appât à fabriquer soi-même ou à acheter dans l’une des nombreuses boutiques en ville. Il en va de même pour la pêche qui nécessitera même à terme de posséder sa propre barque au campement.

Ce campement est d’ailleurs une partie intégrante du jeu, car il sera possible de s’y ressourcer, mais surtout de le développer en achetant diverses améliorations ou en faisant don à la communauté de vos prises de guerre. Car, s’agissant d’une bande, tout le monde doit partager et participer aux frais de la communauté. Ce camp sera aussi le lieu permettant d’effectuer les voyages rapides et le point de départ d’un certain nombre de missions. Un soin particulier y a été apporté, car il est possible d’interagir avec tous les membres, de discuter, de danser, de dormir, de s’y raser ou simplement de participer à sa vie en donnant à manger aux bêtes ou en allant faire la cuisine ou chercher de l’eau. Il est d’ailleurs fortement conseillé de le développer rapidement afin de toujours pouvoir y trouver de la nourriture ou des munitions.

Côté missions annexes, celles-ci sont plutôt bien intégrées et on peut au final en trouver de deux sortes : des scénarisés qui interviennent tout au long de l’aventure et qui sont d’un intérêt plus ou moins relatif en fonction du PNJ concerné (mon Dieu l’ennui des missions qui mettent en scène l’ex-fiancée d’Arthur) et des missions ponctuelles qui interviennent lors des trajets : ainsi, Arthur pourra croiser la route de personnes qui se font détrousser et choisir d’intervenir ou non, être victime de chasseurs de primes ou simplement être interpelé par des personnes dans le besoin. Cela pour casser la monotonie des trajets trop longs. Soignez d’ailleurs bien votre monture en veillant à la brosser, à la chouchouter et surtout à la nourrir, car si celle-ci décède, il vous faudra aller récupérer votre selle pour retrouver votre équipement et surtout il vous faudra reconstruire tout le lien avec l’animal pour le rendre à nouveau endurant et obéissant. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais soyez certain en tout cas que vous trouverez toujours quelque chose à faire, pas forcément intéressant certes, mais le titre ne vous laissera jamais inactif.

S’agissant enfin du online, celui-ci est encore clairement en phase de rodage. En beta ouverte, Red Dead Online offre pour le moment une personnalisation plus avancée de son avatar que dans GTA Online et propose de monter son personnage jusqu’au niveau 50. Le jeu intègre un système de PVP qui pourra vous transformer en Outlaw fortement recherché si des témoins assistent au meurtre d’un autre joueur. On y retrouve également toutes les activités annexes du mode solo (chasse et pêche comprise) ainsi que des missions scénarisées qui se bouclent pour le moment bien trop rapidement (comptez 2 heures pour en faire le tour). A côté de cela, les classiques matchs à mort en équipe, ou les courses de chevaux font leur grand retour. La nouveauté résidant principalement dans le mode Battle Royal bien trop instable pour le moment. D’ailleurs, comptez sur beaucoup de patience pour ne pas rager devant les trop nombreux retours au menu. Enfin, le système économique reste toujours le même que dans GTA avec de l’argent à gagner pour acheter des équipements et des armes : mais constat identique, tout coûte trop cher et les récompenses, bien que rehaussées, font pâle figure. Il va falloir grinder ! Cela dans un environnement graphique en léger downgrade par rapport au mode solo.
Conclusion
Red Dead Redemption 2 souffle le chaud et le froid : direction artistique au top, scénario vraiment très bon et bande-son canon. Le tout dans un open world de toute beauté, vaste, grand et immensément vivant. Passé cela, si le contenu du titre est gargantuesque, on se retrouve à pester contre un gameplay d’un autre âge qui peut vraiment entraver le plaisir de jeu. Quant au monde online, il est encore trop tôt pour se prononcer sur son intérêt qui pour le moment est bien trop faible à notre avis. Si vous n’avez pas peur de piquer une crise après une confusion de touche, il serait dommage de passer à côté de RDR 2 qui offre pour autant l'occasion de passer d’excellents moments dans un Western haut de gamme.
Note 8/10
On aime
- Scénario
- Les personnages principaux
- Univers grand, détaillé et vivant
- La bande-son
- Les gunfights
- Beaucoup de contenu…
On n'aime pas
- … mais à l’intérêt aléatoire
- Gameplay inconcevable à notre époque
- Quelques bugs gênants
- Le voyage rapide inutile en l’état
- Multi trop faible pour le moment
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Red Dead Redemption 2
Packshot de Red Dead Redemption 2 sur Xbox One
Date de sortie française 26 octobre 2018
Genre : Action / Aventure
Dev. : Rockstar
Edit. : Take Two Interactive
Red Dead Redemption 2 Compatible HDR sur Xbox One S
PEGI 18
1 joueur hors ligne - Jusqu'à 32 joueurs en ligne - Coop en ligne