XIII (Xbox)

par Demosthene
Quand la nouvelle est tombée, je vous avoue être resté assez perplexe : Ubisoft s’attaquait à une licence BD et pas n’importe laquelle, XIII, la BD culte de Vance et VanHamme ! Comme tout bédéphile qui se respecte, je ne vous cache pas que la perplexité s’est vite transformée en inquiétude car si les adaptations de telles licences étaient maîtrisées cela se saurait depuis longtemps (à part Astérix, je ne vois pas…). Deuxième surprise, c’est un FPS qui servira de support. Le scénario de ceux ci étant habituellement confié à un stagiaire aphasique, qu’allaient t’ils faire de XIII dont le mystère est tellement alambiqué qu’il a fallu aux auteurs un album spécial pour en faire le point (le 13ème album, ça ne s’invente pas…) ?
Allez, on attaque tout de suite une revue détaillée de ce pari pour le moins osé.
Alzheimer quand tu nous tiens…
Seul sur une plage, six heures du matin, proche du coma, impossible de bouger, ni de se souvenir de son nom. Je sais très bien qu’on a tous vécu ça un lendemain de beuverie, mais en l’occurrence, il faut rajouter un impact de balle en pleine tête pour compléter le tableau, ce qui est déjà plus rare. Il est rare aussi qu’une organisation cherche à vous faire la peau rapidement sans explication, ou alors arrêtez l’alcool, vous supportez décidément pas.

L’intrigue de XIII commence assez mal pour un soit disant héros. On va vite vous démontrer par A+B que vous venez ni plus ni moins d’abattre le Président des Etats Unis (décidemment…), ce que votre amnésie complète ne vous aide pas beaucoup à assumer. J’entends déjà des schizophrènes qui tapent dans leurs mains en dansant, et ils ont raison. Vous allez incarner ici Steve Rowland, Jason Fly, Jason Mac Lane, Kelly Brian, autant de noms improbables pour désigner notre héros tourmenté, tatoué d’un XIII énigmatique, à la poursuite de son passé. Dans cette quête, pris entre une organisation criminelle et les forces de l’ordre américaines qui s’accordent à vous trouver moins gênant mort que vivant, commence alors une aventure qui vous permettra peut être de savoir qui est cet homme que vous incarnez.

Soyons clair : les connaisseurs de la BD trouveront du plaisir à découvrir de vieilles connaissances pour peu qu’ils ne recherchent pas la complexité originelle de XIII. Pour les autres, l’intrigue, même très simplifiée, accrochera par ses rebondissements, son ambiance de complot alambiqué, et l’immersion sera très aisée. Signalons d’ailleurs des séquences de Flashback très bien réalisées, où notre héros assistera, impuissant, à des moments clés de son passé, histoire de sublimer encore plus l’amnésie, pierre angulaire de l’intrigue.

Avec un tel scénario vous êtes paré pour l’aventure. De bases militaires secrètes en base militaires secrètes (je confirme, les 8 niveaux – découpées en 34 missions -sont aussi variés qu’un paquet de chamallows, même s’ils ont chacun leur touche propre), vous allez enchaîner les phases de FPS pur, d’action et d’infiltration. Comme vous êtes au fond au brave gars (enfin vous, je sais pas, mais notre héros, oui), pas question de trucider tout ce qui bouge notamment les gentils soldats qui ne savent pas que vous l’êtes (gentil. Vous suivez ?) et qui ne font que leur métier. La discrétion sera donc souvent utile, puisque la mort de certains adversaires vous vaudra l’échec direct de la mission, de la retenue donc ! Gardez d’ailleurs vos balles pour les conspirateurs, il y en aura bien assez et si évidemment on vous cherche, vous aurez de quoi répondre : 9mm, Spécial 44, M16, AK47, fusil à pompe, mitrailleuses, grenades et snipes (avec une arbalète bien sympathique, les carreaux étant de parfait cotons tiges), les armes, à défaut d’être variées et originales, sont toutes là ; et si vous en manquez, vous avez toujours la possibilité de faire ça façon bourre-pifs voir même de vous servir d’objets trouvés sur place (cendrier, chaise…).

Le jeu vous proposant trois niveaux de difficultés, oubliez donc carrément le premier si vous voulez dépasser une aventure qui vous prendra plus de dix heures, avec des adversaires à votre hauteur. Coté ennemis, on a en effet une confirmation : les militaires américains n’ont pas tous des QI d’huîtres. Certains s’approchent du Bulot. Prune vous dira que coté Français cela n’est pas le cas, on lui accordera facilement le bénéfice du doute. Tout ça pour vous dire que si choisissez un niveau trop facile, il ne faut pas vous attendre à des adversaires très coriaces et futés même si leur habilité à distance pourra vous agacer en vous forçant un peu trop, à mon goût, à choisir les affrontement proches et brutaux. Dans les phases d’infiltration, vous n’aurez alors qu’assez peu de problèmes à vous glissez discrètement dans leur dos ou à vous en servir de bouclier et vous n’aurez pas à cacher trop sérieusement les corps pour éviter de vous faire repérer. Au fait, pour ceux qui n’avaient pas percuté que Ubisoft s’occupe aussi de Sam Fisher, ces phases vous feront une piqûre de rappel. Montez donc le niveau de difficulté, cela deviendra alors plus intéressant.

Certains finiront par reprocher le coté très linéaire de XIII. Ils ont raison. On rappellera tout de même les contraintes du scénario, puisque l’on a un FPS avec un vrai scénario, mais on peut dire qu’on a quelque fois l’impression de suivre un grand couloir, ce qui est d’autant plus exacerbé que les 8 niveaux proposés sont d’une taille conséquente.
XIII … énervant ?
Après cet examen du mode solo, passons donc voir ce qui se passe du coté du Xbox Live. Vous pourrez affronter vos amis sur 3 modes différents : Deathmatch (solo ou équipe), Capture du Drapeau (classique et avec une variante limitant l’équipement au sein d’une équipe) et Sabotage (amis de Counter…). Je vois déjà vos mines déconfites, qui espéraient quelques modes originaux là dedans. Et bien non, non seulement on reste dans un classicisme absolu, mais en plus le pire reste à venir.

Vous n’allez en effet pas tarder à comprendre votre douleur dès vos premières parties sur le Live. Alléluia, mes frères, Saint Lag est parmi nous, et comme c’est un Saint très généreux, il a béni plusieurs fois notre ami XIII sur Xbox Live. Je vous jure avoir fait des efforts mais force est de constater que c’est carrément injouable, dès 4 joueurs sur du 1024/128. Je pourrais vous décrire nombres de frustrations, l’impossibilité chronique à aligner correctement un adversaire à 10 mètres, mais je crois que vous avez compris. Le jeu reste néanmoins fréquenté, vous trouverez donc des parties (assez peu de français, XIII s’exporte bien on dirait) et est ce le coté crispant du Live ou pas, vous entendrez souvent des mouches voler ce qui implique un faible taux de lourdauds (vous voyez j’arrive à trouver du positif dans tout).

Mais bon au final, vous essayerez XIII sur le Live une fois, deux fois (histoire de vérifier) maximum et vous n’y retournerez plus à moins d’avoir de sacré tendances masochistes.

Reconnaissons à Ubisoft le mérite d’avoir voulu doter son jeu d’un mode multijoueurs, de l’avoir amené sur le Live, pour qu’il soit complet. Ceci fait, on comprends que la priorité n’était pas là et que vous ne devez en aucun cas prendre XIII pour y jouer sur le Live, ses arguments sont ailleurs. C’est très frustrant et désolant, je vous l’accorde, mais XIII brille seul, pas à plusieurs où l’intrigue disparue, l’intérêt s’étiole.
Qui suis-je, ou vais-je, dans quelle état j’erre … désolé
Mais passons sur cette triste note, pour le trait de caractère principal de XIII, l’utilisation du Cell Shading (vous savez les gars qui repassent sur les contours des personnages avec un crayon mal taillé). Cette technique ne fait généralement pas l’unanimité mais il faut tout de même avouer que son utilisation pour une adaptation de BD est d’une évidence sans nom. Ce style graphique, pour le moins osé et novateur pour un FPS, est un succès. Nous avons pour une fois du CellShading complètement au service de l’atmosphère d’un jeu (effets mesurés, teintes équilibrées dans l’esprit, expression faciale relevées), cela change du CellShading pour du CellShading, parce que c’est tendance, parce que ça fait djeun.

Si le scénario vous avait déjà accroché, ce choix brillant vous garantie une immersion directe dans l’univers de XIII. Cela aurait pu suffire mais le clou est enfoncé par moult détails qui vous scotchent sur l’écran ou plutôt sur la planche : onomatopées renforçant les bruitages (‘Boum’ fait ma grenade, ‘tacatacatac’ ma mitraillette, ‘ouilleouilleouille’ font les pas beaux), insertions de vignettes soulignant une action (arrivée d’un ennemi, décomposition réussie des headshots…). Et c’est d’autant plus difficile de réussir ça que le style BD a aussi tendance à imposer un certain dépouillement dans les décors et une grande simplicité de couleurs. Du grand art, incontestablement le point fort du titre, on se retrouve parfaitement dans l’univers BD. Et qu’importe si le style graphique de Vance a disparu, si XIII fait 60 ans (au lieu d’une trentaine…), si cette bombe sexuelle qu’est le major Jones ressemble à ma mémé, Ubisoft a réussi son pari graphique d’adapter un style BD, chapeau bas, messieurs !

L’immersion doit aussi beaucoup à la musique (Dolby Digital) qui est très réussie et parfaitement dans le tempo même si elle est plus typée 70’ qu’autre chose. Coté bruitages, le fait qu’ils soit matérialisés à l’écran en onomatopées n’a pas diminué leur qualité et les voix choisies calent parfaitement avec les personnages (sauf évidemment sur le major Jones, qui a une voix suave et autoritaire comme on l’imagine pour le personnage mais qui ressemble tout de même à mémé).

En terme de gameplay, pas besoin de lire la notice, c’est du grand classique. Vos petits pouces trouveront donc aisément leur place sur les sticks analogiques et le reste (action/tir..) se trouvera bien facilement et agréablement mis à part les changements d’armes, lents et peu pratiques. Notons la présence d’une fonction secondaire pour chaque arme, mais c’est désormais presque un standard, sans autre innovation. Le moteur est celui d’Unreal II, vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles, c’est très fluide et cela bouge bien.
Conclusion
Donc !

Que les amateurs de scénario léché et de rebondissements se réjouissent , l’esprit de la fameuse BD de Vance et VanHamme a été respecté. Ouf ! Graphiquement osé et très réussi, Ubisoft nous livre une réalisation de haute volée qui captivera ceux qui recherchent ‘autre chose’ dans un FPS que la course aux polygones et aux débauches d’effets spéciaux. Un titre décalé et donc réussi mais paradoxalement limité par son cadre avec une aventure linéaire et très peu de surprises dans le gameplay (ou les armes) pour respecter l’œuvre de départ. Si on part toutefois du principe que classique ne veut pas dire mauvais (loin de là), laissons nous porter par l’aventure proposée sans vouloir la transformer. Emballé par l’aventure solo, on regrette d’autant plus que UbiSoft n’ait pas porté beaucoup d’attention sur le mode Live qui est extrêmement limité. Le jeu portant sur les 5 premiers albums, gageons que le tir serait corrigé pour une éventuelle suite…
Note 5/10
On aime
- Style graphique
- Ambiance sonore
- Une adaptation réussie, une !
On n'aime pas
- Très classique dans le fond
- Linéaire
- Live … and die !
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XIII
Packshot de XIII sur Xbox
Date de sortie française 27 novembre 2003
Genre : FPS
Dev. : Ubisoft Entertainment
Edit. : Ubisoft Entertainment
PEGI 12
1 à 4 joueurs hors ligne - Jusqu'à 8 joueurs en ligne
Neuf : 37.75 €
Occasion : 4.49 €