A Plague Tale : Innocence (Xbox One)

par Lestat
Focus Home Interactive nous a habitués depuis maintenant quelques années à la mise en avant de titres originaux et surtout très différents les uns des autres : entre Vampyr, The Surge, Mudrunner ou encore The Council, il y en a pour tous les goûts. Avec A Plague Tale : Innocence, l’éditeur sort une nouvelle fois des sentiers battus en proposant avec Asobo Studios un jeu plaçant la narration et l’ambiance au premier plan pour conter le périple d’une sœur et de son frère en plein cœur d’un moyen-âge ravagé par la peste et la guerre. A Plague Tale : Innocence n’est pas parfait, mais il nous a tout de même bien retournés. On vous dit pourquoi.
Life is very strange
Des jeux qui prennent comme base la relation familiale, il y en a beaucoup. Mais qui se déroulent en France, en 1348, il y en a moins. A Plague Tale : Innocence fonde son intrigue essentiellement sur le duo formé par Amicia de Rune et son petit frère Hugo. Le mot relation est d’ailleurs un peu galvaudé, car Amicia ne connait pas Hugo. Et cela pour une bonne raison : il est enfermé depuis sa naissance dans une pièce du château à laquelle seule accède leur mère, Béatrice. Le petit est en effet touché par une affliction mystérieuse qui nécessite des soins très particuliers, provoquant d’ailleurs la jalousie de l’héroïne qui ne voit que trop peu sa maman. C’est ce contexte de pseudo stabilité au départ qui va rapidement voler en éclat avec l’attaque de la seigneurie familiale par les troupes de l’Inquisition. Amicia va devoir fuir avec Hugo et apprendre à faire connaissance avec lui tout en comprenant pourquoi des fanatiques religieux veulent à tout prix s’en prendre à lui. Et comme si cela ne suffisait pas, la peste, matérialisée par des hordes de rats affamés, s’étend comme par magie à une vitesse folle. Ce scénario qui s’ancre volontairement dans le contexte très rude de la guerre de Cent Ans va vous tenir en haleine une bonne dizaine d’heures (17 chapitres de longueur inégale) et vous faire passer par tous les stades : on rit, on frissonne et les plus sensibles pourraient même pleurer.


Cela principalement grâce à des dialogues bien construits, remarquablement interprétés et à une galerie de personnages qui assure le spectacle même si certains d’entre eux peuvent sembler parfois caricaturaux (le forgeron ou encore Nicholas le fanatique). Le travail sur l’écriture force vraiment le respect et retranscrit avec crédits la découverte par Hugo du monde extérieur, la naissance de la relation fraternelle et les réactions face aux atrocités rencontrées.
Le titre étant très narratif, il est essentiellement linéaire. Il est donc impossible de faire des choix ou de sortir de la ligne tracée : pour autant, et c’est purement subjectif, aucune des actions opérées par Amicia ne nous a semblé irresponsable ou encore discutable (pas comme tout ce qui se passe dans la dernière saison de Game of Thrones, mais arrêtons le troll). Le tout est vraiment cohérent et Amicia n’est mue que par la protection de son frère et la compréhension de ce qui se trame. Les évènements vont d’ailleurs placer la fratrie face à des situations adultes parfois extrêmement brutales (le chapitre 2 en est un bon exemple) et réalistes (le champ de bataille, on en tremble encore) avant de prendre une tournure qui l’est beaucoup moins dans la seconde moitié de l’aventure, voire carrément plus du tout vers la fin. Cela déplaira sûrement à certains, mais à la rédaction on a aimé le traitement réservé justement à la peste et aux rats qui surfe sur les croyances et les allégories de l’époque.

Rat l’bol du cache-cache
Justement, cette peste est au cœur du gameplay : durant tout le périple, elle se matérialise physiquement par des cohortes de rats qui envahissent la moindre zone d’ombre présente à l’écran et mangent toute personne ou animal qui s’écarte de la lumière. Amicia et Hugo doivent donc non seulement éviter les gardes, mais également se frayer intelligemment un chemin pour éviter de se faire croquer tout crus : car dans A Plague Tale, le moindre faux pas est sanctionné par la mort et le retour au dernier checkpoint. Et ça n’est pas la pauvre esquive dont dispose Amicia (et dont on doit se servir une ou deux fois avant le dernier affrontement) qui changera quelque chose à cela. Le placement est souvent la clé de la survie dans le jeu et il est regrettable d’ailleurs que parfois celui-ci soit imprécis et entraîne la mort juste parce qu’un orteil dépasse sur un tas de rats.


Le concept mis en place par le jeu est donc assez simple dans son principe : c’est un cache-cache géant dans lequel il faut trouver le moyen d’écarter les rats (on allume une torche, on fait tomber un morceau de viande par terre) et de se faufiler, voire d’éliminer en douce les ennemis présents sur sa route sans se faire prendre. Pour cela, Amicia dispose d’une fronde et de la possibilité de lancer divers projectiles (des pierres pour commencer puis des munitions plus spécifiques qu’il faudra fabriquer) pour faire du bruit, divertir les gardes, éteindre ou allumer les sources de lumière, ou encore forcer l’adversaire à retirer son casque et ainsi exposer sa tête à un tir létal, etc… On peut aussi donner des ordres sommaires à Hugo (attendre/suivre) pour le laisser à un endroit. Mais attention à ne pas laisser seul trop longtemps sinon il paniquera et alertera les gardes. Du coup, il est préférable de le garder à la main, ce qui n’empêchera pas d’armer sa fronde ou d’actionner leviers ou autres mécanismes.


Autant le dire immédiatement, c’est bien à ce niveau que le titre présente le plus de faiblesses, car il est extrêmement facile. Le dernier boss excepté (et encore il suffit d’apprendre par cœur un enchainement peu complexe à mémoriser), A Plague Tale : Innocence se traverse comme une promenade de santé et ne demande pas véritablement de réflexion avancée. De plus, la fronde d’Amicia est insolemment précise lorsque la visée automatique est activée : on peut ainsi enchainer les tirs à la tête sans aucun temps mort et se dépêtrer aisément des rares situations un peu tendues. Désactivez donc les aides pour un peu de challenge et regardez la vidéo ci-dessous pour vous faire une idée.




Autre point de facilité, les éléments servant à progresser sont systématiquement placés à côté des énigmes à résoudre et le titre se paye même le culot de laisser à disposition de nombreuses ressources permettant de concocter les ingrédients essentiels à la résolution du problème rencontré. On n’est donc jamais en stress, jamais inquiété et si par exemple un passage demande de devoir principalement produire des sources lumineuses, le joueur trouvera constamment les ressources utiles pour ce faire. C’est d’autant plus dommage que l’alchimie qui est censée être au cœur du gameplay (et même d’une partie de l’histoire) devient un élément complètement banalisé dont le joueur pourra se désintéresser rapidement pour le résumer à un simple « je ramasse tout ce que je trouve pour produire ce dont j’ai besoin au bon moment sans vraiment réfléchir ».
D’ailleurs, signalons qu’Amicia peut améliorer son équipement à l’aide de matières premières ramassées dans les niveaux : mais là encore le système est mal pensé, car si les éléments se trouvent à profusion, les emplacements sont limités, obligeant ainsi le joueur à suivre un seul schéma valable d’amélioration « j’agrandis mes poches (munitions, matériaux, ingrédients) avant de me pencher sur le reste ». À défaut, le joueur se retrouvera dans l’impossibilité de ramasser les ressources posées devant lui et il ne pourra pas en emmagasiner assez pour atteindre le troisième palier de chaque objet.


En fait, pour résumer, on ne meurt que si on se place au mauvais endroit au mauvais moment : cela est vrai à la fois pour les rats comme pour les gardes dont l’IA est très discutable et surtout aléatoire. Ainsi, les archers vous repèreront de l’autre bout de la map, tandis que les soldats de bases peuvent être bernés par un simple poteau qui laisse pourtant apercevoir votre tête… Reste que les situations sont tout de même assez variées pour donner l’illusion que les mécaniques de jeu ne sont pas toutes les mêmes alors qu’en vérité celles-ci sont extrêmement répétitives. Le bon point, pour les chasseurs de succès, réside dans le fait que les 1000G pourront s’obtenir facilement en collectant les quelques objets cachés dans chaque niveau et en découvrant certaines zones secrètes qu’un premier run pourrait avoir fait louper. Mais pas d’inquiétude, une fois le jeu fini il est possible de revenir dans chacun des chapitres et même de voir en un coup d’œil les collectibles manquants.

Réalisation de haute volée
Heureusement, ces faiblesses de gameplay sont compensées par une ambiance véritablement unique. On a déjà vanté l’histoire et les dialogues, mais il faut également rendre hommage aux environnements traversés qui dépeignent parfaitement la France moyenâgeuse. Entre champs de bataille, catacombes, couvents, places fortes ou villes en désolation suite à l’épidémie ou à l’Inquisition, le titre plonge le joueur en immersion constante dans cette époque ravagée. Techniquement, sur Xbox One X, A Plague Tale en met plein les yeux grâce à une direction artistique de toute beauté et à un moteur graphique qui ne souffre d’aucun ralentissement. La modélisation des personnages, des décors, les éclairages sont franchement bluffant et renforcent l’immersion. Par ailleurs, aucun bug n’aura été constaté durant nos parties et cela avant même qu’un patch de plus de 900 mo ne soit déployé peu avant la sortie. Une vraie réussite de ce côté que ne ternissent que les trop longs temps de chargement au démarrage d’un chapitre.


Enfin, il serait criminel de finir ce test sans évoquer la bande-son. Les voix sont tout d’abord très convaincantes en anglais comme en français : les acteurs y croient et donnent vraiment du cœur pour incarner les différents protagonistes. Cela est particulièrement vrai pour Hugo et Amicia et un peu moins pour certains des compagnons qui croiseront leur chemin.
Ensuite, la musique est une merveille : elle est composée par le grand Olivier Derivière qui a déjà signé ou collaboré à de nombreuses bandes originales de jeu. Parmi celles-ci, il faut notamment citer celle du remake (raté) d’Alone in the Dark en 2008 que nous ne saurions que trop vous conseiller d’écouter, ne serait-ce que pour son thème principal époustouflant. Le compositeur a dernièrement déjà collaboré avec Focus Home Interactive pour Vampyr, The Council et The Technomancer. Pour, A Plague Tale : Innocence, il enchaine tantôt les morceaux nostalgiques, tantôt les morceaux enjoués sans tomber dans le mélo ni dans la fanfare. Les mélodies sont harmonieuses tout en sachant se faire discrètes et, surtout, elles font la part belle aux violoncelles, guitares médiévales et autres instruments plus originaux comme une viole de gambe et une Nyckelharpa. Le thème principal reste assurément bien présent en tête et cette bande-son figure à notre sens en bonne place pour égaler celle déjà excellente de The Witcher 3.
Conclusion
Prenant place en pleine guerre de Cent Ans, le titre de Asobo Studios offre une plongée sans concession dans la France moyenâgeuse en compagnie d’Hugo et d’Amicia. Entre alchimie, religion, superstition, Inquisition et même surnaturel, le jeu propose surtout de merveilleux moments de rire, de plaisir et d’émotion grâce à une histoire solidement construite, des dialogues très bien écrits et interprétés, ainsi qu'une musique de très grande qualité. Dommage que le gameplay soit aussi simpliste, car le titre mérite absolument d’être vécu. Pour notre part, A Plague Tale : Innocence fait partie des jeux qui restent en mémoire une fois achevés et dont on se souviendra longtemps après.
Note 7/10
On aime
Histoire fabuleuse, un vrai conte moyenâgeux
Dialogues bien écrits
Acteurs convaincants
Direction artistique et réalisation technique au top
La musique… Olivier Derivière est un génie
On n'aime pas
Gameplay simpliste
IA aléatoire et souvent moyenne
Mécaniques répétitives
Le craft inutile
L’alchimie trop facilitée
Twitter    Facebook    Twitch    Dailymotion    RSS
A Plague Tale : Innocence
Packshot de A Plague Tale : Innocence sur Xbox One
Date de sortie française 14 mai 2019
Genre : Action / Aventure
Dev. : Asobo Studios
Edit. : Focus Home Interactive
A Plague Tale : Innocence Compatible HDR sur Xbox One S
PEGI 18
1 joueur hors ligne