Metro : Exodus (Xbox One)

par Lestat
Cela fait maintenant quelques années que le nom de Dmitri Glukhovski commence à être connu. Non pas parce qu’il concourt avec Andrzej Sapkowski pour le titre du patronyme rapportant le plus au scrabble, mais bien parce que cet auteur a signé la saga Metro dont est tirée la trilogie éponyme. Entamée en 2010 avec un Metro 2033 qui posait les bases d’une uchronie dérangeante, la série s’est poursuivie en 2013 avec Metro Last Light et se conclut (?) aujourd’hui avec un épisode sous-titré « Exodus ». La fin du périple ou le début d’un autre, c’est ce que proposent de nous faire découvrir 4A Games sous la houlette bienveillante de Deep Silver.
Mon beau-père et moi
Vous pensez que la vie de conducteur ferroviaire n’est qu’un long fleuve tranquille et qu’il suffit de se laisser guider par les rails en attendant une retraite pépère ? Vous vous trompez lourdement. Surtout lorsque vous habitez depuis 20 ans dans les sous-sols du métro pour survivre aux radiations, que vos rares sorties en extérieurs sont synonymes de rencontres mortelles avec des mutants ou autres saloperies irradiées et que, pire que tout, votre boss, un ex-général de l’armée encore endoctriné par des années d’idéologie, est également votre beau-père.
Alors forcément, il faut se changer les idées et c’est bien ce que fait quotidiennement Artyom, le héros de la série, qui poursuit une idée fixe : il existe des gens qui vivent à la surface ; le gouvernement ment sur le blackout total et il y a quelque part un Eden à l’air libre qui permettrait de fonder une nouvelle colonie loin des radiations.
Mu par cette idée, Artyom va prendre des risques qui vont le conduire à capter un message radio émanant de l’extérieur. Suite à un « léger » malentendu avec les soldats de l’Ordre, lui et ses potes militaires « spartiates » vont devoir fuir à bord de l’Aurora : passée la première engueulade avec beau papa Melnik (remis sur pieds, enfin si on veut, pour l’occasion), c’est tout un périple qui va s’organiser autour d’un exode vers l’est de la Russie à la recherche de la source du message, le tout sur fond de relation père - fille / petite amie – petit copain / beau papa – beau-fils. Et c’est là que Metro : Exodus risque de vous scotcher, car après les 3 premières heures assez classiques, le titre va enchainer les surprises, les retournements de situation, les mises en danger, l’émotion et les environnements variés jusqu’à un dénouement plutôt grandiose. Pour cela, la mise en scène, juste ternie par un doublage français parfois caricatural, est plus que bien foutue. C’est simple : l’ambiance qui se dégage du titre fait partie des meilleures que j’ai pu voir depuis très longtemps. À tous ceux qui pensent que Metro a perdu son âme en sortant des couloirs obscurs ou du bunker D6, 4A Games fait un immense pied de nez en donnant plus que jamais à Metro des airs de S.T.A.L.K.E.R. cinématographique. On oscille entre horreur et admiration tout au long d’un titre qui vous tiendra longtemps en haleine et dont la narration, cinématiques exceptées, est toujours assurée par la voix off d’Artyom lors des (trop longs) chargements ou au travers de livres et carnets que vous trouverez un peu partout.


Sans trop en dire, la structuration du titre peut se résumer de la manière suivante : on arrive avec le train sur une carte qui comporte différents lieux à visiter de manière optionnelle ou obligatoire, on fait la quête principale qui généralement pousse à explorer une zone plus linéaire et moins ouverte, on change de zone et on recommence dans un environnement différent. Mais se limiter à cela est bien trop simpliste et ne rendrait pas hommage à ce qui fait tout le sel de ce Metro : Exodus, à savoir la diversité. Le titre entraîne ainsi le joueur dans un périple mortellement dangereux qui débute dans la toundra glacée, se poursuit dans des canaux où rôdent des créatures puissantes et dangereuses et va même se payer le luxe d’aller titiller les bases bien établies d’un Mad Max. À chaque environnement, le gameplay et la manière de survivre changent et c’est franchement cela qui est bon. Cela d’autant plus que, comme à l’accoutumée dans la série, les différents niveaux de difficulté placent la barre du challenge plus ou moins haute : en niveau hardcore, survivre n’est franchement pas une sinécure tant les ressources sont rares.

Les chasseurs de 1000 G en auront d’ailleurs pour leur argent, car il faudra finir le titre dans cette difficulté et surtout voir l’ensemble des embranchements scénaristiques qui sont proposés et font d’ailleurs varier l’aventure. Sachez que les conditions de réalisation de ceux-ci ne sont parfois pas clairement exprimées et que tout peut dépendre de votre skill lors d’une mission. Vous êtes prévenus, car le jeu peut s’avérer très frustrant et ne distille pas toujours les munitions au bon moment. Un équilibrage dans certaines zones aurait été de bon aloi, mais, comme l’écrit Corneille dans le Cid, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».
Snowpiercer : la vie duraille
Je l’évoquais, Metro : Exodus reprend les bases de ses ainés en les poussant encore plus loin. On retrouve ainsi ce qui a fait le succès des précédents tout en s’écartant des sentiers trop connus.
L’environnement hostile tout d’abord avec des radiations qui nécessitent de porter un masque et d’en changer les filtres. Il faut également bien penser à en prendre soin lors des multiples affrontements, car, s’il casse, c’est la mort assurée. L’environnement, bien plus varié que dans les précédents titres, va vous demander de vous adapter à de multiples menaces : outre les monstres qui changent en fonction des zones ou du cycle jour/nuit, des évènements climatiques surviendront et vous pousseront à prendre des risques pour les éviter. Par exemple, il faudra faire attention où vous mettez les pieds au début du jeu pour ne pas tomber dans une eau dont le froid n’est pas le plus grand danger. Par la suite, ce sont d’autres pièges environnementaux qui vous attendront, mais chut, surprise.


Autre nécessité pour survivre, ramasser des ressources : on retrouve ainsi la décomposition entre chimie et pièces de construction. Il est nécessaire de fouiller chaque recoin, chaque cadavre, de démonter chaque arme et même de ramasser ce qui pousse sur les murs ou le sol pour pouvoir produire des kits de soin, des filtres pour le masque ou des munitions de fortune depuis son sac à dos. Idem pour nettoyer ses armes ou les customiser, mais ce coup-ci depuis un établi que l’on peut trouver à bord de l’Aurora ou dans les quelques rares lieux de fortunes aménagés pour vous reposer entre deux sessions d’exploration. En bref, l’aventure peut très rapidement tourner au cauchemar et abuser de la sauvegarde rapide ne sera pas un mal. Il n’est pas rare en effet de trouver la mort, surtout face aux nombreuses créatures qui peuplent l’univers et qui peuvent se montrer sacrément résistantes…

En revanche, les gunfights, même nombreux, ne devraient pas vous poser beaucoup de problèmes. Le seul risque contre une IA franchement peu évoluée et franchement stupide, étant de tomber en rade de munitions. Mais il est toujours possible de ramasser les armes sur les ennemis ou d’en récupérer les pièces et les balles. Les pétoires sont nombreuses et leur look est toujours aussi inspiré, avec le sentiment qu’elles sont faites de bric et de broc. Pistolets, fusils à pompe, gatling, arbalète et mitraillette sont de la partie, ainsi qu’un lanceur de fortune qui gagnera en efficacité tout au long de l’aventure. Sachez enfin, qu’il est de plus assez simple de se la jouer en mode infiltration en éteignant la moindre source lumineuse (y compris les gros feu et braséro, sans doute grâce au pouvoir de la force) et en assommant ou en tuant une par une les cibles ennemies, même groupées dans une pièce identique. Prenez en compte avant de poignarder à tout va, que vos actions sont scrutées et peuvent influer sur l’accueil que vous réservera certaines personnes ou populations. Là encore, le jeu ne vous dira rien et il faudra découvrir par vous-même.


Enfin, et même si de nombreuses preview ont déjà divulgâché ces points, des véhicules dont nous ne vous dirons rien pour garder la surprise, viendront vous permettre de traverser plus vite et en relative sécurité les différents environnements mentionnés.
Pour finir sur ce point, on déplore tout de même que ces soucis d’IA et parfois même de pathfinding (mention spéciale aux créatures qui restent bloquées ou ne savent plus où aller) qui étaient présents sur les beta n’aient pas été corrigés.
L’égo technique
Pour poser le cadre du test, le jeu a été fourni par l’éditeur en version dématérialisée et n’a, pour le moment, pas du tout été patché. Ce détail est important, car, lors de mes sessions, de nombreux plantages et crash sont survenus. Bien heureusement, aucune corruption de sauvegarde, mais des détails assez noirs qui, il faut l’espérer, devront être réglés pour la sortie. Au menu de ce qui m’aura fait criser de manière palpable : le jeu qui fige en pleine action ou encore l’impossibilité de reprendre la partie après une mise en veille de la console. Ces deux phénomènes obligeant à lancer à nouveau le titre depuis le menu de la console (après l’avoir quitté dans le premier cas) et donc à subir le premier temps de chargement très long. Heureusement ceux-ci sont raccourcis par la suite, mais il n’en reste pas moins qu’il faut parfois prendre son mal en patience.

Côté technique pure, le jeu affiche 30 FPS en 4K sur la dernière-née de Microsoft. Si ce frame rate était constant, nous nous réjouirions. Las, il n’en est rien et il arrive fréquemment d’observer quelques chutes dans ce tableau idyllique. Rien de bien méchant ou qui empêche de profiter pleinement du jeu, mais il est dommage de devoir subir cela. D’autant plus que la distance d’affichage n’est pas franchement folichonne, surtout comparée à la version PC. Pour autant, les environnements, les effets de lumière ou volumétriques sont très agréables à l’œil. Même combat pour les divers PNJ aux animations plutôt réussies.


Côté son, c’est en revanche l’orgie auditive. Pour peu que l’on possède un bon système audio ou un bon casque, on en prend plein les oreilles. Les bruits, les grognements, la pluie, le compteur Geiger, les détonations des armes ou explosifs sonnent de manière extrêmement réaliste. Il est d’ailleurs souvent recommandé de se servir de ses oreilles et non de ses yeux pour repérer les diverses menaces une fois plongé dans le noir. Cette partie est totalement maitrisée et vient renforcer l’ambiance excellente dont je faisais état en début de test. Il est donc conseillé de bien s’immerger et de monter le son pour profiter pleinement de ce que le jeu a à offrir.
Conclusion
Pour ce troisième épisode, 4A Games réussit à renouveler la licence en la sortant (quand il faut) de l’obscurité des précédents opus. Si ce choix avait pu nous faire craindre une erreur tactique, l’écriture très proche des romans, l’ambiance visuelle, la quasi-perfection sonore et la mise en scène du jeu rassurent immédiatement. Le gameplay toujours orienté survie fonctionne parfaitement et on se laisse complètement emporter par un titre qui ose même des environnements radicalement différents. Virage réussi en espérant que les bugs listés soient corrigés rapidement pour la sortie du titre.
Note 8/10
On aime
- L’ambiance
- La bande son
- La survie omniprésente
- Mise en scène et scénario
- C’est bon de retrouver Artyom
On n'aime pas
- Des bugs et une IA parfois aux fraises
- Le doublage VF peu convaincant
- Quelques baisses de framerate
- Temps de chargement trop longs
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Metro : Exodus
Packshot de Metro : Exodus sur Xbox One
Date de sortie française 15 février 2019
Genre : FPS
Dev. : 4 A games
Edit. : Deepsilver
PEGI 18
1 joueur hors ligne