Sekiro : Shadows Die Twice (Xbox One)

par Joki style
Annoncé comme la suite spirituelle de Tenchu, From Software révèle pour la première fois Sekiro : Shadows Die Twice aux Game Awards de 2017. Le studio responsable de Bloodborne et de la série Dark Souls nous a habitué à des jeux de qualité, exigeants, avec une direction artistique soignée et un savoir-faire indéniable. Hidetaka Miyazaki nous propose désormais une expérience différente de ses titres précédents, une prise de risque que je salue et qui nous emmène en 1500 dans un Japon emprunt de violence et de conflits où la voie du samouraï est souvent impitoyable. Cette nouvelle proposition du studio japonais se démarque t-elle de ses oeuvres antérieures pour nous proposer une expérience majeure et différente ? La réponse est à la pointe du katana de Sekiro, le loup à un bras…
La voie du rônin : un loup affamé
L’histoire prend place au Japon pendant l’ère Sengoku, une époque marquée par des turbulences sociales, des intrigues politiques et des conflits militaires quasi-constants. Cette époque s'étend du milieu du XVème siècle à la fin du XVIème siècle, elle correspond à une longue phase de transition entre le Japon médiéval et le Japon de la première modernité. Dans ce Japon médiéval fantasmé, vous incarnez Sekiro, un guerrier en disgrâce qui a réchappé de justesse à la mort après avoir failli à sa mission de protection de son jeune seigneur. Ce dernier est le dernier descendant d’une ancienne lignée dont le sang serait le secret de l'immortalité. L’enlèvement du jeune prince par le commandant du clan Ashina marque le point de départ de la quête du loup mutilé. Ayant perdu un bras dans la bataille pour préserver son jeune maître de son ravisseur, Sekiro se réveille quelques jours plus tard muni d’une mystérieuse prothèse mécanique qui lui permettra de laver son honneur...


Comme vous pouvez vous en doutez, ce titre made in From Software vous demandera pas mal de persévérance, de sang froid et d’observation pour mener à bien les innombrables défis qui s’offrent à vous. Celles et ceux qui ne connaissent le studio que par sa réputation pourront vite être déroutés par ce titre exigeant. Autant vous le dire tout de suite, il faut savoir où l’on met les pieds ! Le jeu ne sera pas tendre avec le joueur et la violence qui s’en dégage n’a d’égale que sa difficulté, vous voilà prévenu… Mourir sera donc monnaie courante lors des nombreux affrontements, surtout face à la belle brochette de boss qui se dressera sur votre chemin. Et puisque l'on évoque le bestiaire, sachez que celui-ci est varié et vous mettra aux prises de multiples samouraïs, rônins, géants et autres créatures réelles ou surnaturelles. Le dépaysement est assuré avec en sus des boss moins imposants en terme de taille que dans les productions précédentes du studios mais plus rapides et plus coriaces.


Le studio abandonne les composantes de RPG et toutes les statistiques qui vont de pairs. Ces dernières étaient d’ailleurs très marquées dans la série des Dark Souls. Exit donc la création d’un avatar personnalisable, le joueur contrôle ici un personnage unique. L’action et l’infiltration sont désormais au cœur du jeu.
Cependant, il est possible d’apprendre de nouvelles techniques de combats et de ninjutsu pour étoffer le panel de coups du personnage et surtout pour surmonter plus facilement les duels de plus en plus corsés. L’expérience durement gagnée pourra être investie dans un arbre de compétences pour les techniques de combat et pour la prothèse mécanique. Cette dernière pourra accueillir quelques gadgets qui feront office d’armes ou de protections aussi pratiques que redoutables selon les situations. Pour exemple, les shurikens peuvent servir à stopper l’attaque d’un ennemi comme à faire des dégâts à distance sur les archers. La hache détruit le bouclier en bois des ennemis qui en sont munis. La prothèse offre donc un soutien de taille que ce soit sur le plan offensif ou défensif avec tout un tas d'outils à trouver. Ces derniers sont disséminés un peu partout, parfois bien cachés et souvent bien gardés. Ils pourront par la suite faire l’objet d’optimisation moyennant des composants particuliers, à dénicher eux aussi. Tout ça ne tombera pas tout cuit et il faudra explorer les moindres secrets du jeu pour mettre toutes les chances de réussite de son côté.
Outre les consommables pour régénérer la vie, renforcer le personnage ou encore pour inhiber les altérations d’état comme le feu ou le poison, il est également possible de renforcer de façon permanente Sekiro. Pour ce faire, il faudra obtenir des perles de chapelets afin de fortifier la barre de vie et de posture ou encore des souvenirs pour augmenter l'attaque. Dans un même ordre d’idée, des graines spéciales pourront être récoltées afin d’augmenter le nombres d’utilisations d’une gourde revigorante.
Voici donc les seules composantes RPG du titre qui vont à l’essentiel : simples et efficaces. Le plus dur sera de réunir suffisamment de composants pour aguerrir Sekiro… Sachez seulement que tous ces éléments contribueront à vous mettre dans de meilleures conditions pour affronter les ennemis, mais que cela ne suffira pas si vous n'assimilez pas les mécaniques de gameplay propres au jeu, à savoir des réflexes, un bon timing et un bon placement.


Car la mort planera souvent sur Sekiro et elle occupe une place particulière dans le jeu en étant liée au scénario. Le héros est doté d'un mystérieux pouvoir : le Sang du Dragon qui lui permet de ressusciter un certain nombre de fois après avoir succombé en utilisant une charge de résurrection. En contrepartie, lorsque vous mourrez complètement, vous perdez une partie de l'expérience gagnée et la moitié de vos Sen, la monnaie du jeu. Quelquefois, l'Aide Divine pourra intervenir et vous éviter ce désagrément. Cependant, à force de passer de vie à trépas, une épidémie va se propager. Nommée la Peste du Dragon, cette épidémie liée au pouvoir du Sang de Dragon de Sekiro est le prix à payer pour vos échecs. Elle sapera la vitalité des personnes que vous avez rencontrées durant l'aventure pour vous relever réduisant ainsi vos chances de bénéficier de l'Aide Divine. Vous aurez alors de l'essence de peste dans votre inventaire qui vous indiquera quelles sont les personnes contaminées. Vous pourrez malgré tout trouver un remède aux maux des personnages touchés par l'épidémie avec l'aide d'Emma la guérisseuse en collectant une goutte de sang des PNJ concernés et en récupérant des gouttes de sang du Dragon. Cela permettra de rétablir un pourcentage de l'acquisition de l'Aide Divine, mais cet équilibre est précaire et dépendra de votre habileté à éviter la mort.


Comme à son habitude, le studio n’hésite pas à citer ses œuvres avec par exemple une séquence où l’on doit éviter les assauts d'un serpent géant qui rend hommage à un boss de Demon’s Souls.
On peut également compter sur des petits clins d'œil à la tradition japonaise comme par exemple le saké (boisson à donner à certain PNJ pour obtenir quelques éléments supplémentaires de leur histoire) ou encore les bonbons qui sont des consommables attribuant divers bonus dont les effets ne durent malheureusement pas très longtemps.

Entre shinobi et samouraï mon coeur balance
Le cœur du gameplay réside dans les combats, mais il ne suffira pas de marteler les boutons de sa manette pour anéantir les ennemis. Et c’est là où le génie du studio s’illustre. Les affrontements peuvent être abordés de deux façons différentes : soit vous la jouez sournoise en étant invisible aux yeux des ennemis pour les assassiner en leur portant un coup fatal dans la plupart des cas (boss et mini-boss exceptés). Soit vous choisissez d’attaquer de front les mobs. Cependant, la furtivité vous simplifiera bien souvent la tâche contre des ennemis plus robustes en les affaiblissant : c'est le cas des mini-boss que vous pourrez ponctionner d'une barre de résurrection en vous y prenant bien.
La clé des combats réside dans le bon placement et le timing adéquat à adopter pour frapper l’adversaire. Il faudra parer au bon moment et affaiblir sensiblement la garde ennemie pour ainsi pouvoir lui donner le coup de grâce. La garde remplira une barre de posture qui une fois pleine laissera un temps vulnérable ; ceci est valable pour le joueur comme pour les ennemis. Le faux pas est alors sévèrement sanctionné d’un côté comme de l’autre puisque la moindre erreur pourra faire voler en éclat une barre de vie qui diminue extrêmement vite à chaque impact. Par conséquent, il conviendra de contrer les attaques au bon moment en identifiant les différents patterns des adversaires : c'est tout l’art du shinobi ! Une autre astuce consistant également à courir autour de l'adversaire pour placer stratégiquement un ou deux coups au bon moment et à recommencer. C'est moins classe, mais sage et efficace.


La série des Souls composait avec un level design finement calibré et qui ne laissait pas de place au hasard. Sekiro apporte quand à lui une toute autre dimension au level design par le biais de la mobilité du personnage, notamment avec l’apport de la verticalité induite par le grappin. Le samouraï peut ainsi s’envoler dans les airs pour rejoindre le sommet d’un bâtiment ou encore virevolter d’arbre en arbre pour échapper à un ennemi ou l'attaquer avec élan. Le fait de pouvoir sauter, s’agripper à une corniche, faire une glissade, s’accroupir pour se déplacer silencieusement constitue un changement radical de l’expérience des jeux From Software et on retrouve avec délice l'héritage de Tenchu.


Le panel de mouvements proposé est rapidement assimilé grâce à une proposition suffisante et principalement axée sur l'action. On attaque ou on pare avec les gâchettes hautes, les deux simultanément enclenchent un enchaînement spécifique à une technique de combat que vous choisissez dans le menu en fonction de ce que vous avez débloqué. On cible un ennemi pour centrer le duel sur un adversaire précis ou on adopte une posture furtive en mode shinobi, le tout en pressant le stick gauche ou droit de la manette. Le grappin s'utilise sur des points de repères spécifiques à l'aide de la touche(LT). Les différents outils de la prothèse pourront être sélectionnés au préalable dans le menu (3 actifs que l'on peut modifier à tout moment), on passe de l'un à l'autre avec (Y) et on l'utilise avec la gâchette (RT). Enfin on saute en pressant (A) et on sprint/dash avec (B) qui permet aussi les esquives en combat. Les consommables peuvent s'utiliser via le menu, mais vous pouvez en mettre un certain nombre en raccourci en les sélectionnant à l'aide des flèches de droite ou de gauche de la croix directionnelle et les utiliser avec le haut de cette même croix. Comme vous pouvez le constater, le calibrage des touches est plutôt bien composé afin de servir au mieux l'action. Le plus difficile sera d'adapter chacun de vos mouvements aux situations ! Le studio a eu la bonne idée d'intégrer des conseils et astuces sur le gameplay pendant les temps de chargement. Ces derniers sont plutôt utiles afin de mieux comprendre les subtilités du gameplay.



Le bushido : où comment allier spiritualité, raffinement culturel et violence.
Le feedback du jeu est totalement maîtrisé ce qui apporte une réelle plus value pendant les combats. Les lames s’entrechoquent avec fureur et on ressent la violence de l’impact lorsque l'on brise la garde de l'ennemi, le sang gicle après une exécution sauvage. La mise en scène des combats ainsi que l'exigence du gameplay conditionne le joueur pour mettre une pression constante lors des affrontements. De plus, l'excellente animation des combats contribue largement à nous immerger dans l'ambiance du jeu.
L'IA des adversaires est dans l'ensemble correcte et ils n'hésiteront pas à vous attaquer à vue une fois que vous êtes repéré. Leur surnombre peut d'ailleurs être très vite une problématique en combat.

La partie audio du jeu est composée avec soin, envoûtante la plupart du temps en imprégnant le joueur dans l'exploration d'un Japon sombre et exotique. Les phases de combats sont rythmées par une piste sonore beaucoup plus soutenue et qui colle parfaitement à l'aspect épique des duels. Un sans faute pour la bande son, que ce soit en terme d'ambiance générale et des divers bruitages qui enrobent le gameplay.


Malgré tout, il faut bien l'avouer Sekiro est techniquement limité en proposant un affichage en 900p sur S, alors que la One X table sur du 1800p en affichant quelques détails de fond supplémentaires grâce à son optimisation. Les textures sont propres et lisses mais manquent de raffinement à mon goût. La qualité des ombres est logiquement bien meilleure sur X que sur S, mais le HDR fait son petit effet si vous possédez le téléviseur adéquate. Le jeu propose des effets visuels d’excellente facture en jouant habilement sur les ombres et les lumières. La cadence se limite à 30fps sur S pour une stabilité qui tient la route alors que la One X oscille entre 30 et 40 images par seconde au plus.
Dans tous les cas, même si les caractéristiques techniques ne sont pas optimales, From Software propose un jeu stable, fiable et visuellement très correcte. De surcroît, la direction artistique compense largement le manque à gagner technique du titre en nous plongeant dans un univers à l'identité visuelle marquée qui ne laissera personne indifférent.
Un petit bémol concerne la caméra qui a tendance à faire des caprices dès que les zones se réduisent. On perd ainsi le lock de la cible en étant plus ou moins à l'aveugle. C'est gênant lors des combats, mais fort heureusement, cela ne se produit que très rarement.


La durée de vie du titre est assez conséquente, surtout si vous prenez le temps d'explorer le monde environnant qui offre pas mal de secrets. Et puis si vous désirez acquérir d'autres techniques de combat, le farm d'XP vous prendra aussi quelques heures supplémentaires, surtout si par maladresse vous venez à mourir entre temps, la perte d'expérience fait très mal !
En battant le boss de fin, le jeu vous propose alors de recommencer une partie en New Game +, ce qui aura pour conséquence de réinitialiser la majorité du monde, mais pas le personnage. Les bonus de statistiques sont donc conservés pour une nouvelle partie plus difficile (NG+). 7 cycles sont possibles au total (NG+7) pour une difficulté sans cesse accrue : les ennemis infligent plus de dégâts de vie et de posture, alors que votre barre de posture se régénère plus lentement. Le New Game + est un passage quasi obligatoire si vous désirez obtenir toutes les améliorations car certaines ressources comme les Lapis-lazuli sont uniquement renouvelées à cette condition. Vous n'aurez donc pas fini de souffrir sur ce jeu tant la rejouabilité en terme de challenge est grande !

Vous l'aurez compris, les chasseurs de succès en herbe peuvent passer leur chemin, à moins d'exceller dans le défi de taille que propose From Software. Chaque duel de boss constitue un succès en cas de victoire (les mini boss n'en comptent pas). Puis viennent les améliorations et toutes les techniques du jeu à obtenir, ainsi que la visite de tous les lieux que le jeu a à offrir. Enfin, il faudra également débloquer les 4 fins différentes pour espérer finaliser un 100% mémorable.
Conclusion
From Software a su réinventer son genre de prédilection avec Sekiro : Shadows Die Twice. C'est dans la douleur et l'échec que l'on apprend à triompher ! Voilà un adage qui décrit parfaitement l'état d'esprit de ce chef d'œuvre vidéo-ludique qui n'aura de cesse de vous hanter. C'est en persévérant que l'on pourra jouir pleinement de ce titre atypique qui apporte une nouvelle façon de jouer. Très mature et difficile, le titre ne sera pas à la portée de tous, mais il vaut largement la peine de s'y abandonner corps et âmes malgré quelques rares petits défauts. Un must have qui sera sûrement le jeu de l'année 2019 !
Note 10/10
On aime
- Belle réalisation, la D.A est au top
- Prise en main rapide, le calibrage des touches est optimal
- Un univers sombre et cohérent tinté de Fantasy
- Festin de boss pour des combats tactiques
- L'exploration et ses secrets
- L'ambiance visuelle et sonore
On n'aime pas
- Une camera perfectible dans des zones réduites
- Une difficulté déconcertante au premier abord
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Sekiro : Shadows Die Twice
Packshot de Sekiro  : Shadows Die Twice sur Xbox One
Date de sortie française 22 mars 2019
Genre : Action
Dev. : From Software Inc.
Edit. : Activision
Sekiro  : Shadows Die Twice Compatible HDR sur Xbox One S
PEGI 18
1 joueur hors ligne